Un duel littéraire engagé contre les VBG
Le grand amphithéâtre de l’Université libre du Congo a résonné, la semaine dernière, des applaudissements d’une génération décidée à en finir avec les violences basées sur le genre.
Cent-deux étudiantes et étudiants des universités Libre du Congo et Henri-Lopez se sont affrontés dans un concours littéraire imaginé par l’association Zéro violences en milieu scolaire et universitaire, menée par la dynamique Joseline Mansounga Moumossi.
Au-delà du simple exercice d’analyse d’un livre traitant des VBG, la rencontre voulait tester la capacité des jeunes à argumenter, émouvoir, proposer des solutions concrètes et, surtout, faire entendre des voix trop souvent étouffées sur les campus.
Une mobilisation institutionnelle et associative
Dans la salle, la secrétaire exécutive du Conseil consultatif de la femme, Yennice Claire Mberi Moukietou, marraine de l’événement, et le représentant du Conseil consultatif de la jeunesse, Sambo, suivaient attentivement chaque tirade, conscients du rôle catalyseur de pareilles joutes oratoires.
L’ouvrage support, choisi par l’Azvmsu, explore sans détour les agressions, le harcèlement et les discriminations que vivent particulièrement les étudiantes.
Des prestations percutantes saluées par le jury
Chaque équipe devait en tirer ce qu’elle aimait, ce qu’elle contestait, puis dessiner des pistes d’action pour bannir ces violences du paysage académique, le tout en dix minutes chrono, sous l’œil précis du jury présidé par le professeur-poète Destin Jésus Sondzo.
Sur scène, Daniel Zangha Elion, futur juriste de l’ULC, s’est illustré par une plaidoirie vibrante où il compare le silence des victimes au « brouhaha d’une cour en récréation : beaucoup de bruit mais personne n’écoute ».
À l’université Henri-Lopez, l’étudiante Victoire Mapengo a conquis l’auditoire avec une salve de questions incisives sur la protection juridique, rappelant que « le droit n’est ni un livre fermé ni un privilège réservé aux spécialistes ».
Des idées concrètes pour des campus sûrs
Les services d’action sociale de chaque faculté, présents dans la salle, prenaient note des propositions : signalements dématérialisés anonymes, cellules d’écoute mixtes, ateliers de théâtre forum, et modules obligatoires dédiés à l’égalité entre les sexes.
« Nos campus doivent rester des lieux d’élaboration du savoir, pas des terrains de prédation », a insisté Joseline Mansounga Moumossi, plaidant pour « des sanctions exemplaires, rapides, afin que la honte change définitivement de camp ».
Grâce au soutien des universités et de partenaires pour les droits humains, l’Azvmsu propose un accompagnement : orientation médicale, aide psychologique gratuite et formation à la prise de parole pour chaque victime qui le souhaite.
Reconnaissance et perspectives académiques
Le président du jury a salué « la qualité argumentative hors norme » des candidat(e)s, rappelant que la littérature demeure un puissant laboratoire de citoyenneté capable de transformer l’indignation en projet social.
Outre les trophées remis aux deux lauréats, chaque participant est reparti avec un certificat validant ses capacités d’analyse critique, atout qui, selon plusieurs recruteurs présents, fera la différence sur un CV.
Les responsables pédagogiques des deux établissements envisagent déjà de pérenniser le concours, en changeant d’œuvre et en ouvrant l’inscription à d’autres filières, notamment les sciences et la médecine, où le sexisme ordinaire peine encore à être pris au sérieux.
Soutien des autorités et partenariats innovants
Pour Yennice Claire Mberi Moukietou, l’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale pour une université sûre, voulue par les autorités, « car former l’élite, c’est aussi assurer sa protection physique et morale ».
Le concours inter-universités confirme qu’agir contre les VBG ne relève plus du seul militantisme, mais d’un engagement collectif qui traverse administration, enseignants et apprenants, et qui pourrait, selon les observateurs, inspirer d’autres villes du pays.
En attendant la prochaine édition, les 102 participants ont signé un manifeste promettant de relayer les messages appris auprès de leurs camarades, dans leurs familles et sur les réseaux sociaux, transformant la salle d’examen littéraire en véritable point de départ d’une chaîne de vigilance.
Un écho national pour la lutte anti-VBG
La littérature, hier simple objet d’étude, s’est muée le temps d’un concours en levier civique ; et les gagnants, tout heureux de leurs médailles, ont surtout rappelé que la victoire définitive se jouera hors des estrades, dans les couloirs, les bus et les foyers.
Au Congo, les chiffres officiels comptent plusieurs centaines de plaintes pour agressions sexuelles chaque année, dont une part vient des milieux scolaires et universitaires ; beaucoup d’autres, rappellent les associations, ne sont jamais déposées par peur ou ignorance des procédures.
Le ministère de l’Enseignement supérieur, qui soutient l’émergence d’unités de veille dans les facultés, voit dans ce concours un laboratoire grandeur nature pour tester de nouveaux outils de sensibilisation avant un déploiement élargi.
Plusieurs sponsors privés, entreprises de télécommunication et start-ups numériques proposent déjà d’équiper les universités en bornes interactives où signalements et ressources juridiques resteraient accessibles en quelques clics, même hors connexion.
En rassemblant étudiants, autorités, partenaires et entreprises, la première édition concrétise un rêve de pédagogues : faire sortir le débat sociétal des colloques savants et le porter à hauteur de la jeunesse, celle qui inventera l’université de demain.
