L’élan d’un handball uni
Brazzaville a vibré dix jours durant au rythme du ballon à résine. Du 12 au 22 décembre 2025, la dynamique « Le réveil du handball congolais » a réuni quarante-trois équipes pour un Tournoi national de cohésion et de fraternité, versions seniors dames et messieurs.
Le coup de sifflet final, donné au gymnase Michel d’Ornano, a couronné Grain de sel chez les dames et BMC chez les hommes, sous des tribunes combles où supporters, familles et anciens internationaux saluaient chaque but avec autant d’enthousiasme qu’un but en finale africaine.
Au-delà des scores, la manifestation portait un message : « l’amitié par le handball ». Entre deux rencontres, des joueuses de Nkayi discutaient tactique avec leurs homologues de Kinshasa, pendant que des jeunes ramasseurs de balles rêvaient déjà d’intégrer la sélection nationale demain.
Un plateau relevé de Brazzaville à Lubumbashi
Venues de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Madingou, Loutété ou Ouesso, les formations locales ont côtoyé les redoutés Tout-Puissant Mazembé et JSK venus de la République démocratique du Congo, preuve qu’un même ballon peut gommer les frontières pour offrir un spectacle rassembleur.
La présence de clubs kinois a pimenté la phase de poules. « Jouer ici rappelle l’époque des Coupes d’Afrique », glisse l’arrière gauche Patrick Mwamba, maillot encore trempé. Son équipe a reçu deux millions de francs CFA pour ses efforts, une enveloppe appréciée avant le voyage retour.
Au total, plus de 120 matchs se sont enchaînés dans les gymnases Michel d’Ornano et Maxime Matsima. Les gradins, souvent pleins dès midi, confirmaient la soif d’un public brazzavillois longtemps privé de grandes compétitions depuis la parenthèse sanitaire de 2020.
Deux finales sous haute intensité
La finale dames, Grain de sel contre DGSP, a commencé sur un faux rythme avant d’exploser dès le quart d’heure. Inspirée, la demi-centre Lydie Mokako a distribué sept passes décisives, permettant aux siennes de creuser l’écart pour s’imposer 23-16 dans un tonnerre d’applaudissements.
Chez les hommes, BMC a assumé son statut de favori averti. Portée par la puissance du pivot Béranger Louamba, l’équipe a étouffé le C.F.J.S.O par un jeu de transition rapide, scorant 27-20 malgré les parades spectaculaires du gardien adverse Christ Madzou.
Les deux vainqueurs repartent avec trophées, médailles, ballons et une enveloppe symbolique. Mais la fierté pèse plus lourd que le métal. « C’est d’abord notre drapeau que nous brandissons », souffle la capitaine de Grain de sel, sourire crispé par l’émotion devant les caméras locales.
Des récompenses au parfum d’équité
Chaque équipe engagée, même éliminée tôt, a reçu une prime d’un million de francs CFA, signe de la volonté des organisateurs de soutenir les budgets souvent serrés des clubs provinciaux. Le Tout-Puissant Mazembé, seigneur du handball katangais, a obtenu trois millions grâce à son parcours accrocheur.
Le corps arbitral n’a pas été oublié : chacun de ses membres est reparti avec un écran plasma 32 pouces, tout comme les meilleurs buteurs et gardiens. Le geste, financé par l’expert Chérubin Nkodia, veut récompenser la rigueur technique indispensable à la relance du handball national.
Le fair-play a été mis à l’honneur. Pigeon-Vert de Loutété, Sangha-Sport de Ouesso et le Tout-Puissant Mazembé ont partagé le trophée de la sportivité, chacun recevant cinq ballons supplémentaires. « Le respect de l’adversaire est notre premier sponsor », souligne sobrement le coach de Ouesso.
Une fête populaire autour du parquet
Autour des matchs, les bénévoles ont proposé des initiations gratuites aux enfants, pendant que des stands mobiles vendaient fufu, beignets, poisson braisé et jus de bissap. L’économie locale a profité de l’affluence, chaque commerçant louant l’organisation sans fausse note.
Dans les tribunes, l’on croisait anciens internationaux, autorités sportives, mais aussi de simples étudiants venus réviser entre deux rencontres. Les réseaux sociaux se sont enflammés : chaque action spectaculaire était aussitôt partagée, renforçant l’image d’un handball congolais ambitieux et connecté.
Pour les joueurs, l’événement constituait également une vitrine. Des recruteurs de clubs angolais et gabonais, discrètement assis au premier rang, prenaient notes et vidéos. « Nous cherchons vitesse, discipline et esprit collectif ; ici nous sommes servis », confiait l’un d’eux, le regard fixé sur la feuille de match.
Cap sur Pointe-Noire en février 2026
Clôturant la cérémonie, la coordinatrice Christelle Colombe Bouaka Milandou a exprimé sa gratitude au général de brigade Serge Oboa pour son appui constant au développement du handball congolais. Devant les équipes en cercle, elle a salué « l’énergie positive » qui a porté la compétition.
Elle a aussitôt donné rendez-vous à Pointe-Noire, en février 2026, pour une nouvelle édition qui devrait impliquer davantage de clubs féminins. Les infrastructures côtières, modernisées ces dernières années, offriront un environnement propice à la poursuite de la renaissance de la discipline.
En attendant, les vainqueurs rentrent chez eux, médailles autour du cou, tandis que les jeunes ramasseurs démontent les filets avec précaution. L’écho des tambours s’estompe, mais la conviction que le handball congolais vient de franchir une étape décisive demeure, prête à rebondir.
