Un congrès très attendu à Brazzaville
Sous les lambris rouges de la salle du Palais des congrès, les militants du Parti congolais du travail ont ouvert vendredi leur 6ᵉ congrès ordinaire, premier rendez-vous partisan d’ampleur depuis la réélection de Denis Sassou-Nguesso en 2021.
Le week-end aura surtout été marqué par un appel clair : que le chef de l’État accepte de conduire à nouveau les couleurs de la majorité présidentielle lors du scrutin prévu en mars 2026.
Le secrétaire général du PCT, Pierre Moussa, a donné le ton dès son discours d’ouverture, devant un millier de délégués venus des douze départements, de Brazzaville à lointaine Likouala, ainsi que des invités d’Afrique centrale et d’Europe.
« La candidature de notre champion de tous les temps est la seule à même de garantir stabilité et prospérité », a-t-il martelé, déclenchant des tonnerres d’applaudissements rythmés par les tam-tam et vuvuzelas des sections jeunesse.
Les raisons invoquées par le parti
Pour le bureau politique, l’argument majeur reste le contexte géopolitique décrit comme incertain, avec des tensions régionales persistantes et la nécessité de consolider les acquis macro-économiques obtenus depuis la sortie de crise pétrolière.
Selon Pierre Moussa, « l’unité nationale est dans l’ADN du président ; son expérience rassure les investisseurs et protège notre modèle social ». Des mots qui reprennent le slogan historique du parti : Paix, Travail, Patrie.
Le comité central souligne aussi la mise en service de nouvelles infrastructures, routes et hôpitaux, ainsi que la montée en puissance de la couverture santé universelle, comme preuves concrètes d’une gouvernance jugée efficace.
Calendrier électoral et cadre juridique
D’après la Constitution révisée en 2015, le mandat présidentiel demeure de cinq ans, renouvelable à deux reprises, mais le compteur se réinitialise pour les mandats exercés avant la réforme, permettant à Denis Sassou-Nguesso de briguer un cinquième mandat.
La Commission nationale électorale indépendante doit, selon le chronogramme publié en juin, réceptionner les candidatures entre le 10 et le 20 janvier 2026, avant la publication de la liste définitive le 5 février.
Le premier tour se tiendra le 21 mars, avec un éventuel second tour deux semaines plus tard. Les observateurs de l’Union africaine et de la CEEAC sont déjà annoncés pour accompagner le processus.
Mobilisation sur le terrain
À Brazzaville, les cellules de base ont commencé à organiser des causeries-débats dans les quartiers de Makélékélé et Moungali afin d’expliquer le message du congrès et d’enregistrer les premiers engagements bénévoles.
Claudia, étudiante en droit, confie que « la stabilité est primordiale pour nos diplômes et nos stages ; si le président continue, c’est rassurant ». Son avis est partagé par des commerçantes du Marché Total qui saluent la récente réfection de la voirie.
Dans le Kouilou, des tournées expliquent les modalités d’inscription sur les listes électorales et rappellent l’importance de la carte biométrique, présentée comme un gage de transparence.
Les autres forces politiques à l’affût
Face à l’appel du PCT, plusieurs partis d’opposition affûtent leurs propres stratégies, sans dévoiler encore leurs candidats. Les regroupements CODEHA et UPADS se disent ouverts à une candidature unique, mais la démarche reste au stade de consultations internes.
Le politologue Rodrigue Mabiala note que « l’annonce du PCT oblige les autres acteurs à accélérer la mécanique, car la dynamique présidentielle se joue souvent dans les premiers mois ». Toutefois, il estime improbable un front commun, compte tenu des intérêts divergents.
Stabilité économique et attentes sociales
Sur le plan financier, le budget 2026 actuellement examiné à l’Assemblée mise sur une croissance de 4,5 %, portée par la reprise du brut et les projets d’agropôle. La poursuite de la politique d’industrialisation figure parmi les priorités mises en avant par le PCT.
Le syndicaliste Florent Tchicaya espère que « le prochain quinquennat consolidera la politique salariale et la formation professionnelle ». Le congrès a d’ailleurs adopté une résolution recommandant l’accélération du programme de stages pour jeunes diplômés et l’élargissement du crédit agricole naissant.
Prochaine étape : investiture officielle
Les débats internes du congrès doivent se conclure mardi par un vote à main levée confiant au comité central le soin de notifier officiellement la décision au chef de l’État. Une réunion du bureau politique élargi est annoncée pour le début janvier.
D’ici là, les militants entendent multiplier les caravanes de sensibilisation et les concerts citoyens. L’échéance présidentielle entre ainsi dans sa phase active, sous le signe d’un mot d’ordre répété en boucle dans la capitale : « On avance ! »
Regards internationaux sur la candidature
À Paris, le Club des amis du Congo salue « la continuité bénéfique qui a permis la renégociation réussie de la dette et l’arrivée de nouveaux partenaires asiatiques ». Pour ce réseau d’affaires, une reconduction du président renforcerait la crédibilité financière du pays.
De son côté, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale rappelle que le Congo a rempli ses engagements de convergence budgétaire en 2024, condition indispensable pour attirer davantage de capitaux privés dans les secteurs énergie et agriculture, ainsi que dans la filière bois émergente.
