Un enfant de Ouenzé bercé par la rumba
Dans les ruelles animées du sixième arrondissement de Brazzaville, Ouenzé, les sonos diffusent sambas et rumba. C’est là que Lionel Obama, né le 18 septembre 1988, forge son oreille musicale. Entre l’école primaire Saint-Paul et les répétitions de chorale, il apprend à chanter avant même de rêver d’une carrière.
Des câbles de batterie au micro du quartier
Diplômé d’un brevet d’électricien-auto, le jeune homme gagne d’abord sa vie dans les garages de la capitale. Le soir, il s’autorise quelques improvisations aux fêtes familiales. « La musique était mon souffle, mais je n’avais pas le mode d’emploi pour en vivre », confie-t-il, sourire timide, lors d’une répétition récente.
La rencontre décisive avec le clan Nuit-à-Nuit
En 2012, alors qu’il répare un régulateur de tension, Lionel croise Lionel Bas, figure incontournable des nuits brazzavilloises. Le manager cherche deux voix pour remplacer Féfé Baclair et Dangwé-ba-nuances, quittant le collectif Nuit-à-Nuit. Il entend l’écho du chant d’Obama et l’invite à une audition improvisée.
Le baptême du “Tigre”
La séance se termine sur une évidence : la tessiture chaude et les envolées lyriques de l’autodidacte dépoussièrent le style du groupe. Courageux-le-fort lance : « Tu rugis comme un tigre ! ». Le surnom colle immédiatement. L’artiste adopte « Le Tigre » comme totem scénique, symbole de puissance et de souplesse.
Tia ba lia, premier rugissement
Le clan publie en 2014 l’EP « Tia ba lia », mi-coupé-décalé mi-rumba. Les DJ des maquis de Poto-Poto se l’arrachent. Le refrain en lingala, simple et entêtant, siffle sur les marchés comme dans les bus urbains. Obama découvre la ferveur populaire et apprend à dompter un micro-trottoir exigeant.
Wilki, tremplin vers la notoriété nationale
Le véritable coup d’accélérateur survient deux ans plus tard. Sorti en 2016, le single « Wilki » caracole en tête des playlists congolaises. Les plateformes de streaming locales comptent plus de trois millions d’écoutes. « On comprenait enfin l’impact de la connexion entre nos racines rumba et la vibe urbaine », se souvient Lionel Bas.
Chute et renaissance après la séparation du groupe
Malgré le succès, les tensions internes grignotent Nuit-à-Nuit. En 2017, les musiciens se séparent. Lionel Obama choisit la voie solitaire. « La savane est vaste, un tigre peut y tracer son propre sentier », ironise-t-il sur ses réseaux. Entre deux shows, il compose de nouvelles maquettes dans son studio maison.
Manima, fusion en temps de pandémie
L’année 2020 bouleverse la planète, mais Obama tourne la contrainte sanitaire en opportunité créative. Il publie « Manima », titre qui mêle coupé-décalé et folklore mbochi. Sur TikTok, des milliers de challenges chorégraphiques se multiplient. Certains observateurs voient dans ce morceau l’embryon de la « mbokalisation » popularisée plus tard par Afara Tsena.
Une discographie en crescendo
Porté par cette dynamique, le chanteur enchaîne « Hypocrisie », « Envoûtement total » et « Facile à danser ». Chacun de ces titres consolide sa réputation d’auteur-compositeur inventif, capable de raconter le quotidien avec humour tout en faisant vibrer les pistes de danse. Les radios communautaires apprécient sa langue accessible, proche des réalités urbaines.
Eliette Ntsimba, la productrice qui voit loin
Le talent finit par attirer Eliette Ntsimba, entrepreneure franco-congolaise et fondatrice d’Isaiah Prod. Après plusieurs échanges, elle propose un contrat d’enregistrement et de management global. « Lionel a la voix, l’attitude et la détermination. Il fallait simplement un cadre pour maximiser son potentiel », explique-t-elle dans son bureau du Plateau des 15 Ans.
Mokongo ya koba, un duo très attendu
La première pierre de cette collaboration est « Mokongo ya koba », morceau enregistré avec B. One Shakazulu. Quelques extraits circulent déjà, mixant percussions traditionnelles et synthés afro-house. Les blogueurs musicaux évoquent un futur classique. La sortie officielle est programmée pour mi-janvier 2026, date désormais cochée par les fans.
Une stratégie digitale offensive
Isaiah Prod mise sur un plan de communication en trois temps : teasers vidéo, live Instagram et mini-tournée de showcase. L’artiste renforce sa présence sur les réseaux, cumulant plus de 200 000 abonnés. « Le numérique n’est plus un luxe mais une scène à part entière », affirme son community manager, persuadé d’atteindre un public panafricain.
Influences et identité musicale
Si Lionel Obama revendique l’héritage coupé-décalé, il cite aussi Papa Wemba, Magic System ou Wizkid. Son objectif : créer une passerelle entre les sonorités d’Abidjan, Lagos et Brazzaville sans renier la langue lingala. « Je veux qu’un étudiant de Pointe-Noire et un chauffeur de taxi d’Abuja dansent ensemble », résume-t-il.
Le regard des professionnels locaux
Pour Jean-Marc Mabiala, programmateur au Festival Panafricain de Musique, la trajectoire du Tigre est exemplaire. « Il démontre qu’on peut partir d’un garage et viser les grandes scènes tant que le travail suit », analyse-t-il. Les sponsors y voient également l’image d’une jeunesse créative et disciplinée, atout pour l’attractivité culturelle du Congo.
Perspectives pour 2026 et au-delà
Outre « Mokongo ya koba », un album complet est annoncé avant la fin de l’année. Des négociations seraient en cours pour une tournée sous-régionale couvrant Douala, Libreville et Kinshasa. Lionel Obama espère aussi lancer une fondation d’aide aux jeunes musiciens, rappelant son propre parcours d’autodidacte.
Quand le Tigre rugit, Brazzaville écoute
Le chemin reste long, mais chaque étape prouve qu’un artiste enraciné peut conquérir le continent sans renier sa ville natale. De Ouenzé aux studios high-tech d’Isaiah Prod, Lionel Obama incarne un Congo créatif, résilient et tourné vers l’avenir. Les projecteurs de 2026 seront braqués sur lui ; le Tigre est prêt.