Un tournoi pionnier à Pointe-Noire
Sous les projecteurs de l’esplanade du complexe sportif de Pointe-Noire, la toute première édition du tournoi interdépartemental de nzango s’est conclue le 28 décembre. Un public nombreux est venu applaudir cette discipline 100 % congolaise, mêlant agilité, rythme et convivialité.
Autour du terrain, le président d’honneur d’AFIS, Eric Parfait Sassou, le promoteur du nzango moderne, Guy Noel Passy Titov, et le directeur départemental des Sports, Joseph Biango Nzinga, ont salué une organisation « exemplaire » portée par des bénévoles enthousiastes.
Un jeu enraciné dans la culture congolaise
Créée en 2023, l’Association des fraternités inter-société sport entend faire du nzango un vecteur de cohésion. « Nous voulons rassembler villes et villages autour d’un même jeu », explique son président actif, Boris Banquet Bazabibouta, convaincu que le sport féminin encourage l’inclusion sociale.
Né dans les cours d’école de Brazzaville dans les années 1950, le nzango a d’abord été un jeu récréatif réservé aux filles. Le ministère des Sports l’a reconnu discipline officielle en 2006, lançant un processus de structuration qui se poursuit aujourd’hui dans chaque département.
Seize équipes, un même esprit de vivre-ensemble
Seize équipes issues de Brazzaville, Pointe-Noire, Niari et Bouenza ont répondu présent. Pendant une semaine, les joueuses ont enchaîné déhanchements réglés sur des percussions, jugeant les KO, ces sorties de couloir spectaculaires qui donnent au nzango son suspense et son élégance uniques.
Au-delà du tableau sportif, l’AFIS avait choisi le vivre-ensemble comme fil rouge. « La compétition n’est pas seulement une question de victoire, c’est aussi l’occasion de tisser des amitiés durables », a martelé Bazabibouta lors de la cérémonie de clôture, visiblement ému par l’adhésion des participantes.
Le 21 décembre, une journée d’échanges sur le VIH-Sida, animée par l’équipe médicale partenaire, a permis de sensibiliser joueurs et spectateurs. Plus de 140 volontaires se sont prêtés au dépistage gratuit, témoignage concret du rôle citoyen que le sport peut jouer en santé publique.
Une finale maîtrisée par Zanaga Sport
Sur le terrain sablé, la finale a opposé Zanaga Sport à Bana-Fofo, formation emblématique de la ville océane. Après trente minutes de bras-de-fer, Zanaga a pris l’avantage 35 à 29, profitant d’un rythme offensif soutenu et d’une défense compacte sur les derniers mètres.
« Nous avons respecté notre plan de jeu, rester groupées et frapper vite », résume la capitaine de Zanaga, Nadège Mankana. En face, la meneuse de Bana-Fofo, Chanel Packa, admet que « le réalisme adverse a fait la différence », malgré ses huit KO personnels salués par le public.
Récompenses et mises à l’honneur
Le sacre offre à Zanaga Sport le trophée interdépartemental, des médailles d’or, un diplôme et une enveloppe de 500 000 F CFA. Selon le coach Georges Kimbangou, cette prime « aidera à financer le déplacement vers d’autres communes pour initier des jeunes filles au nzango ».
Bana-Fofo se contente de l’argent et de 250 000 F CFA, tandis que l’équipe du Port autonome de Pointe-Noire, troisième, repart avec 100 000 F CFA. Chaque délégation reçoit un diplôme, renforçant le sentiment que toutes sont reparties grandies de cette aventure sportive et humaine.
Le jury technique a également distingué la meilleure joueuse. Chanel Packa décroche la statuette et une fontaine grâce à ses KO. Le trophée du fair-play revient à Place de la République de Nkayi, saluée pour son comportement exemplaire malgré une élimination en quarts de finale.
Sa présidente-entraîneuse, Pélagie Matondo, voit dans ce prix « l’affirmation que la discipline valorise aussi l’éthique ». Elle affirme vouloir transmettre cette culture de respect lors des prochaines séances à Bouenza, convaincue que la proximité avec le public reste le meilleur argument du nzango.
Nzango moderne, un élan national
Dans les gradins, Sonia, étudiante à l’université Marien-Ngouabi, confie avoir découvert « un sport spectaculaire et accessible ». Elle apprécie la proximité des athlètes et l’ambiance musicale. « Je reviendrai avec mes amies, c’est une fête où l’on se sent en sécurité », sourit-elle.
Sur le podium, le promoteur du nzango moderne, Guy Noel Passy Titov, a rappelé les progrès réalisés depuis la codification de la discipline en 2015. Il a offert à l’AFIS un diplôme d’honneur, saluant « la rigueur organisationnelle qui ouvre la voie à des compétitions nationales régulières ».
Perspectives pour la deuxième édition
Le directeur départemental des Sports, Joseph Biango Nzinga, voit dans cette réussite un signal favorable pour la pratique féminine. « Le nzango possède un potentiel scolaire et civique immense », assure-t-il, évoquant des partenariats à venir avec les établissements pour inscrire la discipline au programme des activités périscolaires.
Au-delà du sport, commerçants et hôteliers de Pointe-Noire confirment un impact économique positif. La venue de délégations extérieures a dopé les réservations et stimulé la petite restauration installée autour du complexe, démontrant qu’un événement maîtrisé peut devenir un levier touristique pour la ville.
Forte de cet engouement, l’AFIS annonce déjà une deuxième édition courant 2024, avec l’ambition d’élargir le plateau à vingt-quatre équipes et d’intégrer une dimension scolaire. La balle est désormais dans le camp des sponsors, séduits par l’énergie contagieuse du nzango congolais.
