Une investiture sans surprise
Au Palais des congrès de Brazzaville, les 3 000 délégués du Parti congolais du travail ont levé leurs cartes rouges lundi soir pour proclamer Denis Sassou N’Guesso candidat à la présidentielle de mars 2026.
L’investiture, adoptée à l’unanimité au terme du sixième congrès ordinaire, offre au chef de l’État, 82 ans, l’occasion de briguer un cinquième mandat, conformément aux dispositions constitutionnelles.
Les applaudissements nourris, les chants de jeunesse et les slogans de campagne ont ponctué la séance, confirmant la dynamique d’un parti convaincu de la nécessité de « préserver la paix » dans un contexte régional incertain.
La scène, retransmise en direct sur plusieurs chaînes nationales, a immédiatement suscité des réactions contrastées dans la capitale, entre partisans rassurés et opposants appelant à des réformes électorales plus poussées.
Le message des cadres du parti
Ouvrant les travaux, le secrétaire général Pierre Moussa a vanté « l’expérience irremplaçable » du président sortant, décrivant le futur scrutin comme « un tournant qu’il faut aborder avec un esprit de discipline et de cohésion ».
Dans son discours, il a souligné les défis économiques liés aux fluctuations des cours du pétrole et aux aléas climatiques, affirmant que « seule une gouvernance éprouvée peut sécuriser les acquis sociaux obtenus ces dernières années ».
Les partis alliés, représentés par de petites délégations régionales, ont repris la même antienne, félicitant celui qu’ils appellent « le bâtisseur » pour l’achèvement récent d’infrastructures énergétiques et routières présentées comme stratégiques.
Les militants misent sur la stabilité
Dans les travées, Christ Dufort Mambiki Bakissi lance : « Sans le président, la paix vacillerait ». Les applaudissements confirment l’attachement militant à cette conviction.
Pour beaucoup de militants ayant connu les années 1990, la mémoire des turbulences politiques reste vive. Ils associent la longévité de Denis Sassou N’Guesso à un sentiment de sécurité quotidienne.
À l’extérieur du Palais, des vendeuses de foulards rouge-bordeaux, couleur du parti, expliquent que les jours de congrès offrent un surcroît bienvenu d’activité commerciale, preuve selon elles « qu’un climat apaisé profite à tous ».
Les sections de Pointe-Noire, arrivées en bus de nuit, ont promis d’organiser dès janvier de vastes réunions citoyennes pour « vulgariser les orientations » issues du congrès et préparer la collecte de parrainages.
Des voix critiques hors du congrès
Si le PCT affiche l’unité, l’opposition ne cache pas son scepticisme. Clément Mierassa juge l’investiture « verrouillée d’avance » et s’interroge sur la neutralité future de la commission électorale.
Plusieurs plateformes citoyennes réclament déjà la publication des listes électorales révisées ainsi que la généralisation du vote électronique, estimant que ces mesures renforceraient la transparence et limiteraient les tensions post-scrutin.
Dans certains quartiers de Brazzaville, des débats animés se tiennent aux abords des cafés. Les plus pragmatiques rappellent que la campagne de 2021 s’était déroulée sans incidents majeurs, ce qui nourrit chez eux un relatif optimisme.
Enjeux institutionnels et calendrier
D’après la Constitution de 2015, le mandat présidentiel est de cinq ans, renouvelable deux fois. Denis Sassou N’Guesso, réélu en 2021, reste donc pleinement éligible pour le scrutin de mars 2026.
Le calendrier prévisionnel, publié au Journal officiel, prévoit le dépôt des candidatures en janvier 2026, la campagne officielle sur deux semaines et un éventuel second tour quinze jours plus tard.
Au sein du Parti congolais du travail, la direction stratégique planche déjà sur la composition de l’équipe de campagne, qui devra gérer médias traditionnels, plateformes numériques et rencontres de proximité.
Les observateurs estiment que la conjoncture économique, marquée par une croissance repartie à 4 %, pourrait jouer en faveur du candidat sortant en confortant son discours de continuité.
Un parti en chantier organisationnel
Faute de consensus sur la succession au secrétariat général, un comité ad hoc va consulter les fédérations régionales afin de présenter d’ici mars une équipe dirigeante élargie et plus représentative.
Le bureau politique et le comité central feront également l’objet d’ajustements, l’objectif déclaré étant d’intégrer davantage d’experts en numérique, en environnement et en économie verte.
Pour les analystes, ces réformes internes pourraient dynamiser l’image du parti tout en consolidant sa base militante, condition jugée indispensable à une mobilisation électorale massive.
Vers une campagne déjà lancée
Dès la clôture du congrès, des affiches aux couleurs nationales ont commencé à fleurir sur les grandes artères de la capitale, accompagnées du slogan « Ensemble, poursuivons l’élan ».
Les équipes de terrain comptent multiplier les porte-à-porte, format jugé plus efficace que les grandes caravanes pour toucher des quartiers parfois oubliés des débats politiques.
La diaspora, particulièrement active sur les réseaux sociaux, prépare des webinaires d’explication du programme, afin de renforcer le vote par procuration et les transferts d’expertise.
Face aux transitions régionales délicates, le chef de l’État veut rassurer. Un conseiller résume : « Amplifions les réussites, évitons la rupture ».
