Une nomination saluée au sein du parti
Les délégués du Parti congolais du travail ont achevé, le 1er janvier, leur VIe congrès ordinaire par une annonce remarquée: la nomination de Katia Mounthault-Tatu au poste de secrétaire permanente aux relations extérieures et à la coopération.
Pour beaucoup de militants, ce choix symbolise l’ouverture d’une nouvelle étape dans la diplomatie militante du PCT, appelée à consolider les partenariats régionaux, renforcer les passerelles Sud-Sud et valoriser le savoir-faire national auprès des instances internationales.
Le secrétaire général Pierre Moussa, reconduit pour cinq ans, a salué « une professionnelle aguerrie, capable de porter la voix du parti avec pragmatisme et doigté », insistant sur la place croissante des femmes dans les organes décisionnels.
Un profil forgé entre pétrole et engagement social
Née à Pointe-Noire, fille de l’ancien ministre d’État Hilaire Mounthault, Katia Mounthault-Tatu a longtemps évolué dans l’industrie pétrolière, dirigeant les relations institutionnelles de Chevron Congo où elle a peaufiné sa maîtrise des dossiers énergétiques et des négociations multilatérales.
Cette expérience privée s’est doublée d’un engagement associatif constant avec la fondation Horizon, lancée en 2018 pour soutenir l’éducation artistique, les ateliers d’insertion et les actions de santé de proximité dans plusieurs quartiers périphériques de Brazzaville et de Pointe-Noire.
Le récent documentaire « Jeunes 242 », qu’elle a coproduit, brosse le portrait d’une trentaine de talents congolais, du graffeur à la développeuse d’applications, illustrant sa volonté de promouvoir des modèles positifs et un récit national basé sur l’innovation.
« Katia est une femme de terrain, pas une apparatchik », résume la réalisatrice Tatiana Louamba, qui a collaboré au film. Selon elle, cette proximité avec les communautés offrira au PCT « une perception fine des attentes citoyennes » dans la conduite des dossiers extérieurs.
Priorité aux nouvelles alliances internationales
Au sein du nouveau secrétariat permanent, la mission de Katia Mounthault-Tatu portera d’abord sur la dynamisation des accords interpartis africains, l’objectif étant de consolider la stabilité régionale et de partager les bonnes pratiques en matière de gouvernance et de développement humain.
Une attention particulière sera portée aux partenariats Sud-Sud autour de la transition énergétique, domaine où le Congo veut capitaliser sur son potentiel gazier et forestier pour attirer des investissements responsables et stimuler l’emploi local, notamment pour la jeunesse diplômée.
Selon le politologue Jonas Ngouabi, « la secrétaire permanente devra concilier les attentes économiques et l’image d’un Congo résolument tourné vers la coopération gagnant-gagnant ». Il estime que son profil hybride « entre industrie et société civile » constitue un atout diplomatique.
Brazzaville mise également sur la culture comme vecteur de soft power. La cellule dirigée par Katia Mounthault-Tatu travaille déjà à une tournée internationale de « Jeunes 242 » dans plusieurs capitales africaines et européennes, afin de projeter une image créative du pays.
Un congrès riche en signaux politiques
Réuni sous le slogan « Confiance et Progrès Partagé », le congrès a accueilli plus de 3000 délégués issus des 12 départements. Les travaux ont abouti à l’adoption de résolutions portant sur l’emploi des jeunes, l’agriculture durable et la digitalisation de l’administration.
Le comité central passe de 651 à 775 membres tandis que le bureau politique compte désormais 75 personnalités, signe d’une volonté d’inclusion territoriale accrue. Plusieurs cadres de la diaspora intègrent ces organes, témoignant de l’importance accordée aux compétences extérieures.
Parmi les annonces phares figure également la désignation du président Denis Sassou Nguesso comme candidat du parti à la présidentielle de mars 2026. Les applaudissements nourris ont rappelé l’attachement des militants à la stabilité institutionnelle et à la continuité du programme social.
Dans les couloirs, on évoquait déjà la nécessité d’une communication modernisée pour accompagner cette échéance, un chantier qui pourrait revenir à la nouvelle secrétaire permanente, forte de son expérience des réseaux internationaux et de son goût prononcé pour les formats digitaux rapides.
Des observateurs confiants pour la suite
Pour l’économiste Marie-Claude Mabiala, la présence d’une figure issue du secteur privé à un tel niveau témoigne « d’une perméabilité croissante entre l’entreprise et le politique, facteur de créativité dans la recherche de financements innovants pour les projets sociaux ».
De leur côté, les jeunes délégués rencontrés saluent l’exemple d’une femme quadra ayant percé dans l’industrie avant de s’engager en politique. « C’est motivant, on se dit que le parti nous ouvre des passerelles vers des responsabilités concrètes », confie l’étudiante Grâce Ndinga.
Les prochaines semaines verront la prise de fonction officielle de Katia Mounthault-Tatu et l’annonce d’une première tournée diplomatique. Entre énergie, culture et dialogue multilatéral, son agenda s’annonce dense, mais l’intéressée affirme « aborder le défi avec humilité et détermination ».
La digitalisation occupera une place centrale dans sa méthode. Des plateformes interactives devraient être lancées pour connecter le parti à ses partenaires diasporiques, partager des fiches techniques sur les réformes et recueillir en temps réel des recommandations d’experts et de citoyens.
En écho au slogan du congrès, les dirigeants assurent que cette ouverture internationale n’éloignera pas le PCT de sa base: « Nous sommes et restons un parti proche des réalités du peuple », affirme Pierre Moussa, dont la feuille de route vient d’être plébiscitée.
