Des chants qui réchauffent la Maison des jeunes
Le 29 décembre, la salle de la Maison des jeunes de la paroisse Saint-Jean Bosco, à Tié-Tié, vibrait encore aux échos de Noël. Guirlandes scintillantes, applaudissements nourris et rires juvéniles composaient un décor qu’aucune fin d’année tardive n’a pu refroidir.
Face à un public familial, trente enfants venus de trois structures sociales ont tour à tour entonné des cantiques classiques et des créations originales. Ici, la voix était reine, mais les chevalets dressés sur les côtés rappelaient qu’un pinceau pouvait aussi raconter la nativité.
Un concours dédié aux enfants vulnérables
Organisé par le Cercle culturel pour enfants, que dirige Joël Nkounkou, « Chantons Noël » veut offrir une scène aux pensionnaires d’orphelinats et centres d’accueil. « Ces jeunes méritent de sentir la magie des projecteurs », souffle l’animateur Elnish Moukouanga en coulisses.
Cette année, le Foyer Père Anton, l’orphelinat Le Cœur de Paola et le Samu Social ont pu inscrire leurs protégés. Le CAM de Mvou-Mvou et l’association ASI, empêchés, ont promis d’être de retour. La compétition reste une fête, personne ne repart jamais bredouille.
Un jury attentif et une scène bienveillante
Sous l’œil d’un jury composé de musiciens locaux et d’enseignants d’arts plastiques, chaque prestation fut saluée avec la même bienveillance. Marine Ndoudi Batola rappelait, micro en main, que « l’essentiel tient dans le partage, pas seulement dans le trophée ».
Au terme des passages, Le Cœur de Paola a décroché la première place du chant. Le Samu Social s’est hissé second, tandis que le Foyer Père Anton s’est illustré par l’émouvante interprétation de B’San, véritable ovation de la soirée. En dessin, le jeune Maurile Wangou s’est démarqué par des couleurs audacieuses.
Le Prix Lionel-Sanz, un hommage appuyé
Derrière l’intitulé du concours se cache un homme : Lionel Sanz, alias Ya Sanza, figure incontournable du mécénat culturel ponténégrin. Affaibli par la maladie, il n’a pu se déplacer mais a adressé un message audio sobre : « Continuez d’élever les enfants par l’art ».
Depuis vingt ans, ce passionné facilite prêts d’instruments, stages de musique et dons de livres. Joël Nkounkou insiste : « Sans lui, nombre de chorales de quartier n’existeraient pas ». Le public a spontanément lancé un tonnerre d’applaudissements en sa direction.
Un réseau de partenaires mobilisés
Pour donner vie à l’événement, les bénévoles ont multiplié les relais. L’association Yidika France Village Créatif a financé les fournitures artistiques, tandis que Ouaga Spirit, au Burkina Faso, a façonné les instrumentaux diffusés le soir du concours.
Mboka Studios a assuré la captation vidéo, Just Mad la communication digitale et le Groupe des Amis de Papa Joël le transport des enfants. « Cet élan montre que la diaspora et les entreprises locales peuvent bâtir ensemble un pont vers l’enfance », souligne la bénévole Clémence Kouka.
Au-delà du podium, un levier éducatif
Dans les coulisses, éducateurs et psychologues notaient les progrès de confiance observés. « Le travail d’équipe exigé par les chorales aide nos jeunes à structurer la parole et à écouter l’autre », explique Désiré Makosso, responsable pédagogique du Samu Social.
Sur les carnets scolaires, ces compétences se traduisent souvent par une meilleure participation orale. Les dessins, eux, servent d’outils thérapeutiques pour exprimer des émotions parfois difficiles à verbaliser, rappelle l’art-thérapeute Christelle Ngani.
Impact culturel pour la ville océane
Pointe-Noire, déjà réputée pour sa scène musicale foisonnante, trouve dans cet événement un nouveau souffle. Les chants de Noël réarrangés en langues locales, du vili au lingala, valorisent le patrimoine immatériel tout en restant accessibles aux plus jeunes.
Le service municipal de la culture, représenté ce soir-là par Florent Mambou, voit l’initiative comme « une pépinière d’artistes qui, demain, porteront haut les couleurs de la capitale économique ». Des contacts ont même été pris pour programmer les lauréats lors des fêtes de l’Indépendance.
Vers une ouverture à tous les enfants
Annoncée pour la fin d’année, la troisième édition élargira les inscriptions aux écoles publiques et privées. « Nous voulons un brassage complet », indique Joël Nkounkou, persuadé que la rencontre entre enfants hébergés et enfants de quartier renforcera la mixité sociale.
Les auditions préliminaires débuteront dès septembre, avec des ateliers gratuits de préparation vocale et de dessin. Un appel au soutien logistique a été lancé aux entreprises de la zone industrielle.
Une promesse d’avenir
Alors que les guirlandes s’éteignent et que les enfants regagnent leurs foyers, le refrain commun reste celui de l’espoir. Les notes et les couleurs déposées sur scène témoignent d’un réenchantement possible, même pour ceux qui ont peu.
Dans un sourire, la petite Lauriane Mavoungou confie: « L’an prochain, je chanterai encore plus fort ». Une promesse simple, mais qui résume l’ambition d’un concours né d’un élan solidaire et désormais bien ancré dans le paysage culturel de Pointe-Noire.
