Brazzaville célèbre la créativité locale
Sous les manguiers qui ombragent la cour de la Direction générale de l’Agence nationale de l’Artisanat, le tintement des grelots de fin d’année a résonné jusqu’au 3 janvier. Durant deux semaines, le Marché artisanal de Noël a transformé ce coin de Brazzaville en ruche créative.
Plus qu’un simple salon, l’événement, placé sous le thème Faites de l’artisanat, l’artisan en fête, a accueilli une centaine d’exposants venus du Congo et de six autres pays. Tous avaient un objectif commun : faire briller le label Made in Congo à l’approche des fêtes.
La ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, avait confié la direction des opérations à Emma Mireille Opa Elion. Pour cette dernière, le défi consistait à conjuguer ambiance festive, accessibilité des prix et rentabilité pour les créateurs.
Des chiffres qui confirment l’engouement populaire
Le bilan dressé à la fermeture parle de lui-même : plus de 4 000 visiteurs recensés et un chiffre d’affaires global dépassant 17 millions de francs CFA. L’objectif initial, fixé à 5 millions, a été pulvérisé, signe d’une demande croissante pour les produits locaux.
Dans les allées colorées, certains articles coûtaient 200 ou 500 francs, d’autres plusieurs milliers. Cette palette de prix a permis à toutes les bourses de céder à la tentation d’un souvenir artisanal, tandis que les paniers d’osier et les bijoux en raphia s’arrachaient.
« Nous souhaitions 4 000 visiteurs, nous en avons eu davantage », s’est réjouie la directrice générale de l’ANA, sourire jusqu’aux oreilles. Elle estime que l’engouement exceptionnel valide la stratégie gouvernementale de structuration du secteur, axée sur la visibilité et l’entrepreneuriat féminin.
Les recettes englobent non seulement les ventes directes mais aussi des commandes à livrer en province. Selon le service statistique de l’ANA, près de 30 % des transactions concernent des entreprises locales à la recherche de cadeaux d’affaires, preuve que le marché dépasse désormais la consommation individuelle.
Une vitrine pour les talents et l’innovation
Les stands regorgeaient de pièces uniques : cosmétiques à base de beurre de cacao congolais, maroquinerie façonnée en peau de tilapia, confitures d’ananas relevées de poivre de la Sangha. Chaque créateur racontait, derrière sa table, l’histoire d’un terroir et d’un savoir-faire ancestral.
M. Elenga, porte-voix des exposants, a salué cette vitrine nationale. « Nous avons prouvé que l’artisanat n’est pas qu’une tradition, c’est un moteur économique et innovant ». Ses carnets de commandes, remplis avant même le 1ᵉʳ janvier, laissent présager une production soutenue en 2026.
L’implication de six pays partenaires, dont le Sénégal et Madagascar, a apporté une touche panafricaine. Toutefois, le pavillon congolais est resté la star incontestée, rappelant que les circuits courts gagnent du terrain et que la dynamique régionale peut renforcer, plutôt que diluer, l’identité locale.
Un rendez-vous familial et solidaire
Au-delà des affaires, l’organisation a soigné la dimension sociale. Sur instruction de la ministre, plus de 250 enfants de collaborateurs du ministère ont reçu jouets éducatifs et poupées africaines. Entre deux distributions, la petite Marisa Onanga a lancé un vibrant « merci » au micro.
Les familles profitaient d’animations musicales, de contes et d’ateliers créatifs. Certains parents racontent avoir découvert, grâce aux démonstrations de tissage, un métier qu’ils envisageaient jusque-là comme marginal. L’expérience immersive semble avoir levé bien des préjugés sur les carrières manuelles auprès des adolescents.
Du côté des organisateurs, on souligne que l’entrée restait gratuite. Cette accessibilité, rare pour une foire de cette ampleur, a encouragé un public hétérogène, renforçant l’idée que l’artisanat est un bien commun, vecteur de cohésion sociale autant que de croissance.
Cap sur l’avenir de l’artisanat congolais
Pour 2026, l’ANA envisage déjà une édition élargie, avec un volet formation destiné aux jeunes porteurs de projets. Des partenariats avec des incubateurs technologiques pourraient voir le jour afin d’introduire la vente en ligne et d’ouvrir de nouveaux débouchés, y compris vers la diaspora.
Emma Mireille Opa Elion insiste sur l’importance de la qualité : « Nous voulons que chaque article soit traçable, de la matière première au client final. » La perspective d’un label officiel, validé par les autorités, renforcerait la confiance des consommateurs et l’export potentiel.
Le ministère, de son côté, envisage des facilités fiscales et logistiques pour les artisans souhaitant se structurer en coopératives. L’accès au micro-crédit, à partir de 2026, devrait aider les petites unités à monter en puissance sans sacrifier l’authenticité qui fait leur succès.
Au final, la deuxième édition du Marché artisanal de Noël confirme que l’artisan congolais ne se contente plus de vendre un produit : il propose une expérience, une histoire et une promesse d’avenir. Les visiteurs repartent des étoiles plein les yeux, et souvent des commandes pleines les mains.
Rendez-vous est pris pour le prochain marché, annoncé au même endroit en décembre prochain. Les organisateurs promettent davantage d’innovations, de couleurs et, surtout, la même fierté collective : offrir au made in Congo la place qu’il mérite sur les tables de fête et au-delà.