Plateforme de création d’entreprises : le grand saut numérique
D’ici la fin de l’année, les entrepreneurs congolais n’auront plus à arpenter les guichets physiques pour immatriculer leur société. Une plateforme nationale, pilotée par l’Agence congolaise pour la création des entreprises, promet de centraliser la démarche en quelques clics.
L’annonce, faite ce mardi à Brazzaville par le président du conseil d’administration de l’ACPCE, a aussitôt circulé sur les réseaux sociaux et dans les couloirs des chambres de commerce locales et nationales.
Objectif officiel : simplifier le parcours du créateur, stimuler l’investissement domestique et attirer des partenaires étrangers dans un climat d’affaires qui progresse régulièrement, selon les chiffres publiés par le ministère de l’Économie.
Fonctionnement du nouveau guichet unique en ligne
La plateforme rassemblera l’ensemble des administrations concernées : registre du commerce, impôts, sécurité sociale, notariat et guichet unique des formalités, en un tableau de bord ergonomique.
Sur la page d’accueil, l’utilisateur créera un compte sécurisé, remplira un formulaire intelligent, téléversera ses pièces scannées puis suivra en temps réel la progression de son dossier grâce à un numéro de suivi horodaté.
« Nous passons d’une logique de guichet à une logique de plateforme, explique Jean-Blaise Koumba, directeur général de l’ACPCE. Le traitement moyen passera de cinq jours ouvrables à vingt-quatre heures, hors week-end. »
Avantages financiers pour les entrepreneurs congolais
L’initiative s’inscrit dans la feuille de route gouvernementale sur la transformation numérique, déjà illustrée par l’état-civil biométrique et le paiement mobile des impôts locaux.
Pour les jeunes diplômés, souvent freinés par les coûts de déplacement entre administrations, la dématérialisation représente une économie immédiate et un gain d’énergie significatif.
Témoignages d’entrepreneurs à Brazzaville et Pointe-Noire
Dorothée Massamba, créatrice de cosmétiques à Pointe-Noire, y voit une opportunité de formaliser plus vite sa nouvelle ligne de savons végétaux destinés au marché régional.
« Chaque jour gagné, c’est du stock en plus sur les étals », sourit-elle, soulignant que l’inscription en ligne évitera l’impression de multiples copies papier.
Modernisation numérique : un engagement gouvernemental fort
L’outil prévoit également un calcul automatique des frais, payable par mobile money ou carte bancaire, une nouveauté qui devrait limiter l’usage du liquide et sécuriser les recettes publiques.
Selon la Banque mondiale, la création d’entreprises est un indicateur clé pour mesurer la vitalité d’une économie émergente; le Congo vise à remonter de dix places dans le prochain classement Doing Business.
Phase pilote avant déploiement national complet
Le projet est financé sur fonds propres de l’ACPCE, appuyés par un partenariat technique avec une start-up congolaise spécialisée dans les systèmes d’identification cryptée.
Cette collaboration locale reflète la volonté affirmée de promouvoir des compétences numériques nationales tout en réduisant les coûts d’intégration et de maintenance.
Pour rassurer les usagers, une phase pilote débutera le mois prochain auprès de cent porteurs de projets, avant une généralisation progressive sur tout le territoire, y compris les préfectures éloignées.
À terme, l’ACPCE ambitionne d’y intégrer le dépôt en ligne des statuts, la réservation d’un nom commercial et l’obtention du numéro d’identification fiscale, offrant ainsi un parcours entièrement sans papier.
Sécurité des données et accès pour tous
Le ministre de l’Économie, Ludovic Ngatsé, a salué « une étape cruciale vers une administration plus performante » et rappelé que la modernisation numérique reste un pilier du Plan national de développement.
Dans un contexte régional où la compétition pour attirer les capitaux s’intensifie, le succès de cette plateforme pourrait devenir un argument lors des forums économiques organisés à Brazzaville ou à l’étranger.
Les organisations patronales, qui ont été consultées, se disent prêtes à sensibiliser leurs membres pour garantir une adoption rapide, tout en proposant un support technique dans les espaces de coworking.
Du côté des juristes, on salue la traçabilité numérique qui devrait réduire les risques de litige sur la date de création et la validité des pièces.
Reste le défi de l’inclusion numérique : dans certaines zones rurales, la couverture internet demeure inégale. L’État prévoit des points d’accès collectifs.
Pour pallier ces contraintes, des bornes interactives, alimentées par énergie solaire, seront déployées progressivement dans les maisons du citoyen pour permettre un accès gratuit à la plateforme.
Un futur levier de compétitivité régionale
Si la phase pilote confirme les gains annoncés, l’ACPCE envisage déjà d’exporter son savoir-faire en partageant son code source avec d’autres pays membres de la CEMAC souhaitant accélérer leur digitalisation administrative.
En attendant, les entrepreneurs congolais scrutent la page d’inscription et guettent le premier clic qui officialisera leur rêve d’entreprise, sans piles de dossiers ni files d’attente.
Les experts comptables estiment que le gain de temps se traduira aussi par une réduction des honoraires, puisque la constitution de dossiers papier et leur transport alourdissaient la facture d’accompagnement.
Désormais, l’assurance d’obtenir rapidement un numéro RCCM et une attestation fiscale devrait encourager les banques à ouvrir des comptes professionnels plus tôt et faciliter l’accès aux premiers crédits de trésorerie.
Pour beaucoup d’observateurs, la réussite dépendra de la capacité des équipes techniques à maintenir la plateforme disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et à protéger les données contre les cyberattaques.
