Un nouvel élan de solidarité à Moungali
Au marché Texaco, bras chargés de sacs, Micheline, veuve de 59 ans, ne cache pas son soulagement : « Je pourrai préparer un vrai repas de fête. » Comme elle, 400 personnes vulnérables du 4ᵉ arrondissement Moungali viennent de recevoir le soutien de l’ONG Assistance au développement social.
L’initiative, portée par son président Delys Ibara, a mobilisé des dizaines de bénévoles qui, durant deux jours, ont sillonné rues étroites et cours intérieures pour acheminer poulets, poissons salés, sacs de riz et bidons d’huile, soigneusement étiquetés au nom des familles destinataires.
Des paniers complets pour fêter dignement
Le moment n’a pas été choisi au hasard : les vingt-quatre dernières heures de l’année restent souvent les plus difficiles pour ces ménages modestes, confrontés à la hausse saisonnière des prix. Offrir de quoi garnir la table assure, le temps d’une nuit, un répit précieux.
Pour chaque foyer, ADS a prévu un poulet de chair, un sachet de poisson salé de 500 grammes, un bidon d’huile de cinq litres, ainsi qu’un paquet de pâtes et de sucre. « Nous voulons que personne ne reste à l’écart de la fête », insiste Delys Ibara.
Sélection rigoureuse des bénéficiaires
Les bénéficiaires ont été identifiés en collaboration avec les chefs de quartier, les comités d’église et l’association des veuves du secteur. Un formulaire simple, vérifié sur place, a permis de vérifier la situation de dépendance ou d’orphelinage, limitant les doublons et garantissant la transparence de l’opération.
La cérémonie officielle s’est déroulée devant la mairie du quatrième arrondissement, en présence du maire Florent Nombo et du représentant du ministère des Affaires sociales. Tous deux ont salué « une action citoyenne complémentaire des efforts publics en matière de solidarité nationale ».
ADS, un acteur social en pleine croissance
Créée en 2019, ADS est enregistrée auprès du ministère de l’Intérieur. Sa vocation première consiste à lutter contre la pauvreté par des actions concrètes dans la santé, l’éducation et l’alimentation. Ses équipes se composent d’une trentaine de volontaires permanents et d’un réseau d’appui dans plusieurs quartiers de Brazzaville.
Le 13 décembre dernier, l’organisation avait déjà réalisé, avec le Centre médico-social Jaune, une campagne gratuite de dépistage pour les seniors et personnes très modestes. Cent soixante consultations généralistes, cinquante électrocardiogrammes et plusieurs lots de médicaments subventionnés avaient été distribués en une journée, selon le rapport interne.
Vers l’autonomie grâce à l’entrepreneuriat
Aux côtés des dons ponctuels, ADS développe désormais un programme de formation à l’entrepreneuriat. L’idée est d’outiller, dès février, une première cohorte de trente veuves à la gestion d’un micro commerce de produits maraîchers ou de couture, grâce à des modules courts animés par des experts locaux.
« Notre ambition est de transformer l’aide ponctuelle en revenus durables, explique la coordonnatrice du projet, Viviane Okou. Si ces femmes génèrent leurs propres ressources, elles deviendront à leur tour des actrices de solidarité. » Les inscriptions, gratuites, se prennent déjà au siège de l’ONG, rue Mbounda.
Santé publique : prévention au quotidien
Sur le terrain sanitaire, ADS reste très attentive aux pandémies endémiques. Des sessions de sensibilisation au paludisme, au choléra et au VIH sont régulièrement organisées dans les écoles primaires du quartier. Des affiches multilingues rappellent les gestes barrières et encouragent le dépistage volontaire.
L’engagement de la structure trouve un écho particulier à Moungali, arrondissement densément peuplé où, selon le REC2023, trois ménages sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Dans cet environnement, chaque opération humanitaire vient compléter les programmes publics et relayer, à l’échelle micro, les orientations nationales.
Cohésion sociale et partenariats locaux
Pour le sociologue Florent Kibangou, spécialiste des mouvements associatifs, « ces actions récurrentes répondent à un impératif de cohésion sociale. Elles permettent de réduire la vulnérabilité immédiate tout en renforçant le sentiment d’appartenance à la collectivité. » Il estime qu’elles gagneraient à être davantage documentées.
De leur côté, plusieurs entreprises locales ont symboliquement remis des chèques de soutien à ADS. La société laitière Milko et le transporteur Urbaco ont respectivement doté l’ONG de deux millions et d’un million de francs CFA, afin de couvrir la logistique et d’amorcer la prochaine campagne nutritionnelle.
La mairie de Brazzaville, via son service de développement social, se dit prête à renouveler le partenariat pour faciliter l’accès de l’association aux salles communales et aux marchés de proximité. « Nous plaçons la solidarité au cœur de la relance locale », a souligné le directeur de cabinet.
Déjà l’heure du bilan et des perspectives
Alors que les lampions du réveillon s’apprêtent à s’allumer, les colis distribués par ADS racontent une histoire simple : celle d’un quartier qui, avec l’appui d’acteurs engagés, refuse l’indifférence. Pour Micheline et les autres, la nouvelle année commencera autour d’un plat partagé, assaisonné d’espoir.
Delys Ibara prévoit déjà un bilan public de l’opération pour la mi-janvier. L’objectif est de partager les chiffres, mais surtout de recueillir les retours des familles pour ajuster les prochaines distributions. « Nous apprendrons de leurs expériences pour servir encore mieux l’année prochaine », assure-t-il dans toute la ville.
