Des célébrations dans deux grandes villes du pays
Dès l’aube de ce 12 janvier, l’église Saint-Michel de La Base a fait sonner les cloches. Fidèles, voisins et anciens choristes de Ndunzia-Mpungu ont pris place pour la messe d’action de grâces dédiée à Maman Françoise Goma née Samba, disparue il y a exactement douze mois.
En parallèle, à Pointe-Noire, les bancs de Saint-Jean Bosco se remplissent. L’horaire matinal n’a pas découragé les paroissiens de Tié-Tié, attachés au souvenir de celle qui fut bergère du Renouveau charismatique dans les années 80. Les deux diocèses se répondent ainsi dans une même ferveur.
Une trajectoire forgée par la foi et le service
Née Samba, Françoise a grandi dans une famille où la prière rythmait les journées. Son mariage avec Pierre Goma, cheminot, l’emmène ensuite à Mfilou puis à Moungali. Très vite, elle devient un visage familier des bancs de la paroisse Saint-Esprit, où elle cofonde la Fraternité Saint-Michel.
Cette fraternité, créée au début des années 70, accueillait alors jeunes travailleurs, mères au foyer et étudiants. « Elle nous rappelait toujours que la vraie charité commence par un sourire », se souvient sœur Angéline Makosso, ancienne responsable liturgique. Ce sourire, nombreux disent l’avoir encore en mémoire.
L’élan du Renouveau charismatique à Pointe-Noire
Au milieu des années 80, mutation professionnelle oblige, la famille s’installe à Pointe-Noire. Françoise rejoint aussitôt Saint-Jean Bosco. Elle y anime les premières veillées du Renouveau. Les paroissiens découvrent prières spontanées, louange rythmée et partages fraternels, une nouveauté pour l’époque.
« Elle savait expliquer l’Évangile avec des mots simples et convaincre sans hausser la voix », résume le père Cédric Nguesso, actuel curé. Cette pédagogie douce a favorisé l’ancrage durable du mouvement dans la ville océane, aujourd’hui encore très dynamique.
Chant, entraide et petits plats
Revenue plus tard à Ndunzia-Mpungu, la défunte ne cherche pas la lumière mais rejoint la chorale. Dans le pupitre des altos, elle forme les novices et veille aux partitions. « Elle possédait un talent pour repérer la note juste et un don pour préparer le manioc à la sortie des répétitions », raconte Rosalie Loukaka, choriste.
Sa maison tenait lieu de cantine improvisée pour les enfants sans collation. On y toquait, certain d’obtenir une assiette. Ce geste simple symbolise la générosité que beaucoup décrivent aujourd’hui. « Elle réconciliait les familles autour d’un plat de feuille de manioc », ajoute un voisin.
Témoignages d’enfants, petits-enfants et amis
Pour cet anniversaire, la famille s’est exprimée par une lettre lue en chaire par l’abbé Éric Paul Goma, l’un des fils, actuellement en mission en France. Chaque ligne disait gratitude envers ceux qui ont soutenu la fratrie pendant l’année de deuil.
Judith et Flore Mireille, les benjamines, évoquent une maman « exigeante mais toujours présente pour vérifier nos devoirs ». Fuquet, l’aîné, se souvient qu’elle l’accompagnait vendre des beignets avant l’école « afin de nous apprendre la valeur du travail ». Des souvenirs ancrés dans la vie ordinaire.
Une spiritualité nourrie de la Parole
Dans l’homélie de ce 12 janvier, le père Aimé Nganga a repris les versets de l’Apocalypse 21, 3-4, ceux-là mêmes que Françoise aimait méditer. Il a rappelé que la consolante promesse d’essuyer toute larme inspire encore les communautés urbaines confrontées aux difficultés du quotidien.
« La disparition d’une mère ouvre un vide, mais la foi le comble d’espérance », a-t-il souligné, invitant chacun à poursuivre les œuvres de solidarité initiées par la défunte. L’assemblée, recueillie, a ponctué l’homélie d’un Amen sonore.
Une mémoire vivante dans les quartiers populaires
À Mfilou comme à Tié-Tié, plusieurs associations de femmes ont décidé d’organiser des visites mensuelles aux malades, inspirées des tournées de Françoise. Une caisse d’entraide porte désormais son nom pour financer des kits scolaires aux orphelins.
Les responsables locaux saluent un exemple de citoyenneté active. « Elle a prouvé que l’engagement communautaire ne requiert pas d’écharpe officielle », note Clarisse Mabiala, conseillère municipale. Le geste le plus modeste peut devenir un levier puissant lorsqu’il est régulier.
Un lieu de recueillement à Kintélé
Après la messe, certains fidèles prennent la route vers le cimetière Bouka, à Kintélé, où elle repose. Des gerbes de lys blancs et de roses sont déposées. Les enfants tracent une croix de sable fin, reprenant un rite familier dans la culture lari.
Le choix de Kintélé n’était pas anodin : son époux y travaillait sur les chantiers ferroviaires. Le couple aimait pique-niquer sous les manguiers alentour. Transformer ce lieu de souvenirs heureux en repos éternel apporte, disent-ils, une cohérence affective.
Des enseignements pour les jeunes générations
Les scouts de la paroisse ont mis en place un concours d’écriture baptisé « Une lettre à Maman Françoise ». Objectif : encourager les adolescents à exprimer gratitude et projets solidaires. Les meilleurs textes seront lus chaque 12 janvier, pérennisant ainsi l’inspiration qu’elle suscite.
Marie-Laure Ngouabi, professeure de français bénévole, voit là une occasion pédagogique : « Écrire sur une vie ordinaire qui devient extraordinaire aide les jeunes à valoriser leur propre quotidien ». La première édition a déjà recueilli une cinquantaine de participations.
L’écho d’une vie simple dans la société congolaise
Dans un contexte urbain marqué par la recherche de modèles féminins, le parcours de Françoise Goma résonne. Sans fonction politique, elle a pourtant mobilisé plusieurs réseaux d’entraide. Son influence illustre la force discrète de la société civile, reconnue comme partenaire des autorités pour le vivre-ensemble.
Les responsables paroissiaux estiment que ses initiatives complètent les programmes sociaux en cours. « Les politiques publiques trouvent dans ces actions un relais précieux », affirme le frère Marcel Okemba, animateur diocésain.
Relier Brazzaville, Pointe-Noire et la diaspora
La commémoration s’est également vécue en ligne. Un direct sur la page Facebook de la famille a permis aux proches installés à Paris, Montréal ou Johannesburg de suivre la liturgie. Les commentaires défilaient, chacun partageant un souvenir ou postant une prière.
Cette dimension numérique rappelle la dispersion des familles congolaises et l’importance des réseaux sociaux pour maintenir le lien. Elle montre aussi l’actualité du message de solidarité de Françoise Goma bien au-delà des frontières nationales.
Vers une fondation dédiée à l’entraide
La fratrie étudie la création d’une petite fondation afin de soutenir l’éducation des jeunes filles en zones périurbaines. Études, budget, partenaires : tout est à l’état de projet, mais la détermination est là. « Maman croyait au pouvoir transformateur du savoir », rappelle l’abbé Éric Paul.
Cette structure pourrait, à terme, collaborer avec les ONG déjà actives dans l’alphabétisation. Pour l’heure, un fonds initial alimenté par des dons d’amis proches finance les premières bourses scolaires.
Le rôle apaisant de la liturgie
Les paroissiens soulignent l’importance des rites pour traverser le deuil. Chants, encens, processions redonnent un rythme au quotidien bouleversé. « Le chapelet partagé chaque mercredi fut un soutien pour la famille », précise sœur Angéline. Ce cadre rassurant a permis d’apprivoiser l’absence.
Dans les semaines précédant l’anniversaire, des neuvaines ont rassemblé plusieurs petites communautés. Ces moments de prière collective réactivent la cohésion sociale, valeur chère à la défunte.
Une page, mais pas un point final
La dernière note d’orgue retentit, les bancs se vident, pourtant la mémoire reste vive. Beaucoup repartent avec la résolution d’imiter une part de son exemple : visiter un malade, enseigner un cantique, partager un repas. Autant de gestes qui, ajoutés, façonnent une société solidaire.
Comme le rappelle l’inscription gravée sur sa tombe, « l’amour ne disparaît jamais ». En gardant vivante la flamme de Maman Françoise Goma, Brazzaville et Pointe-Noire prolongent un héritage qui parle autant aux croyants qu’aux amoureux du vivre-ensemble.
