Auteur/autrice : Yves Mabiala
Une esthétique immaculée pour un manifeste festif À première vue, exiger du public qu’il se présente vêtu intégralement de blanc pourrait passer pour une coquetterie de promoteur. Pourtant, les organisateurs de Mboka Elengi s’en défendent : «Cette uniformité chromatique est un signe d’union, un code visuel qui abolit les frontières sociales le temps d’une nuit», confie Christ Mbenza, directeur artistique de l’événement. Le symbolisme est double. D’un côté, le blanc renvoie à la pureté, notion presque spirituelle dans une ville où la nuit est souvent synonyme de débordements. De l’autre, il traduit la volonté d’offrir sur les réseaux sociaux des…
Brazzaville se prépare à une déferlante chromatique Rares sont les manifestations culturelles capables de fédérer, le temps d’une journée, un public aussi hétérogène que celui attendu le 19 juillet 2025 au parc de la basilique Sainte-Anne. Annoncé par la mairie de Brazzaville comme « la plus vaste célébration artistique populaire depuis le centenaire de la ville » (service municipal de la culture), le Festival de couleur mise sur l’ampleur visuelle et sonore pour capter l’imaginaire urbain. À en croire les premières estimations, près de 25 000 visiteurs pourraient converger vers le plateau de Ouenzé, signe que la demande d’événements gratuits,…
Ténor, météore du rap camerounais À seulement vingt-cinq ans, Ténor s’est arrogé une place de choix dans l’imaginaire musical du continent. Repéré dès 2015 par des plateformes de streaming naissantes, il s’est hissé à la tête du classement Hip-Hop 10 de Trace Urbain pendant plusieurs semaines consécutives, une performance rarement égalée par ses pairs (Trace Urbain, 2022). Son ascension fulgurante tient autant à un flow aisément identifiable qu’à une maîtrise stratégique des réseaux sociaux, catalyseurs d’une audience dépassant aujourd’hui le cap symbolique des trois millions d’abonnés cumulés. L’artiste revendique une écriture « à hauteur de bitume », ancrée dans le…
Une effervescence inédite autour des voix gospel congolaises Dans un paysage musical souvent dominé par l’afro-beat et la rumba, la tenue à Brazzaville du festival Mon talent pour Christ suscite une curiosité vive. Prévue le 29 juin au cœur de la capitale, cette première édition veut faire entendre la vitalité d’un gospel congolo-centré, nourri aussi bien par le lingala que par l’anglais ou le kituba. Les noms alignés – Jordy Mbiou, Larounix, Tania, Young J, entre autres – témoignent d’une génération qui, tout en revendiquant la foi, puise dans les codes urbains pour parler à ses contemporains. À en croire…
Tenor, phénomène camerounais attendu au bord du fleuve Congo À 25 ans, Tenor s’impose comme l’une des figures les plus prolifiques de la trap francophone. Repéré en 2016 grâce au morceau « Do Le Dab », l’artiste originaire de Yaoundé a depuis aligné collaborations et récompenses dans plusieurs capitales d’Afrique centrale. Son premier rendez-vous avec le public brazzavillois, prévu ce samedi sur l’esplanade du Palais des congrès, suscite un enthousiasme rarement observé depuis la dernière édition du Fespam (Les Dépêches de Brazzaville). Les fans, mobilisés sur TikTok et Instagram, annoncent déjà un déplacement de masse en provenance des quartiers périphériques…
Un souffle patrimonial dans un marché dominé par le streaming Dans un écosystème musical désormais façonné par les algorithmes et la recherche du titre viral, l’apparition de Bakolo Mboka pourrait, à première vue, ressembler à une surprise anachronique. L’orchestre Les Bantous de la Capitale, créé en 1959 à Brazzaville, oppose pourtant à la dictature du flux numérique un objet sonore d’une remarquable densité, réaffirmant que la rumba congolaise conserve une pertinence émotionnelle que le simple métrage des vues ne saurait quantifier. De l’indépendance à Spotify : soixante ans de résilience sonique Le contexte de naissance des Bantous coïncidait avec les…
Brazzaville, 1935 : le berceau d’un souffle mélodique Lorsque Célestin Kouka voit le jour le 5 février 1935, Brazzaville n’est encore qu’une modeste enclave administrative dont les venelles résonnent déjà de sonorités hybrides importées par les bateliers du fleuve Congo. La légende familiale veut que le nourrisson, sitôt rassasié, se mette à siffler quelques notes improvisées. Qu’elle soit enjolivée ou non, l’anecdote illustre l’atmosphère sonore qui enveloppe l’enfance de celui que les proches baptiseront bientôt « Célio ». Dans une ville marquée par la ségrégation coloniale, la musique offre un espace de respiration sociale où se faufile un imaginaire de…
Un dîner-manifeste au cœur de Montreuil Il est des soirées dont la portée excède d’emblée le simple cérémonial. À l’Espace Royal, en périphérie immédiate de Paris, la Maison de la mémoire africaine et le corps consulaire de Normandie ont convié un aréopage d’une centaine de personnalités pour méditer sur le destin de Brazzaville. Le choix d’intituler ce rendez-vous « Brazzaville, la grande capitale oubliée » s’apparente moins à une provocation qu’à un miroir tendu à la conscience collective. Dans le bruissement feutré des couverts, diplomates, artistes et capitaines d’industrie ont entremêlé réminiscences historiques et perspectives d’avenir, puisant dans la gastronomie…
Brazzaville redécouvre sa bande-son picturale La saison culturelle brazzavilloise s’est enrichie d’une halte singulière : depuis le 25 juin, les murs du musée du Bassin du Congo résonnent silencieusement au rythme d’une quarantaine de toiles où se pressent les étoiles, passées et présentes, de la rumba congolaise. Sous les éclairages feutrés, le visiteur voit surgir des silhouettes familières – Franco, Pamelo Mounka, Wendo ou encore Roga Roga – ressuscitées par la palette chaude de Bonide Miekoutima. L’artiste, que l’on connaissait pour ses scènes urbaines aux accents expressionnistes, revendique ici une posture d’« archiviste affectif », persuadé que la peinture peut…
Une célébration polyphonique dans la capitale congolaise Au soir du 21 juin, Brazzaville s’est transformée en vaste caisse de résonance où se mêlaient chants bantous, riffs de guitares urbaines et slogans reggae. Cette 43ᵉ édition de la Fête internationale de la musique, inscrite dans le paysage sonore mondial depuis 1982, avait choisi pour axe la valorisation des musiques traditionnelles. Le ministère congolais de la Culture, relayé par un réseau associatif particulièrement actif, a multiplié les scènes gratuites dans les arrondissements centraux comme Poto-Poto et Moungali, mais aussi dans les quartiers périphériques longtemps laissés à distance des grands événements artistiques. Brazzaville…