Auteur/autrice : Yves Mabiala
Fima 2024, le retour des rythmes partagés Au fil des ans, le Festival international de musique et des arts s’est imposé comme un rendez-vous phare du calendrier culturel congolais. Sa douzième édition, annoncée du 12 au 14 septembre, capitalise sur une formule qui marie proximité et ambition artistique pour toute la ville. Le président de Mb Production, Médard Mbongo, confirme que le choix du quartier 418 Makayabou n’est pas anodin : « Nous voulons maintenir l’âme populaire, là où le public vit et crée ». Cette implantation consolide un lien direct avec les habitants de Mongo-Mpoukou. Soutenu par les autorités…
Un parcours d’architecte engagé Mercredi 30 juillet 2025, l’Hôpital Cochin de Paris a vu s’éteindre Paul Tsouarès De M’Poungui, figure discrète mais marquante de l’architecture congolaise, à 72 ans. La nouvelle a traversé l’Atlantique, plongeant familles, collègues et anciennes promotions dans une profonde émotion collective. Né aux abords verdoyants de Mouyondzi, il avait trouvé dans les lignes épurées des bâtiments une manière d’honorer la mémoire de ses ancêtres. Diplômé de l’École spéciale d’architecture de Paris, il dirigeait depuis la capitale française un cabinet reconnu dans plusieurs pays africains. Ses pairs saluaient un professionnel méticuleux, soucieux d’allier modernité et identité locale.…
Restitution des œuvres: une dynamique globale La question du retour des objets d’art quittés durant la période coloniale n’est plus marginale. Du Mexique au Cambodge, en passant par le Bénin, les chefs d’État et les conservateurs obtiennent aujourd’hui des rapatriements très médiatisés qui auraient semblé impossibles il y a vingt ans. Ce mouvement repose sur un double moteur: l’évolution des discours politiques et la mobilisation des opinions publiques. Les dirigeants comprennent qu’un patrimoine exposé au pays nourrit le tourisme, la recherche et la fierté civique. Dans le même temps, réseaux sociaux et ONG relaient chaque dossier en temps réel. L’éthique…
Un regard nouveau sur l’écran brazzavillois Dans une ville où la rumba résonne à chaque carrefour, Gilles Djibril Miakalououa surprend en privilégiant le silence d’un plateau de tournage à l’éclat d’une guitare familiale réputée. À 46 ans, cet acteur devenu réalisateur revendique l’héritage artistique de sa mère, la chanteuse Jacquito Mpoungou, tout en affirmant que « la caméra m’offre plus d’angles pour toucher la société ». Son choix incarne une tendance affirmée par de jeunes créateurs brazzavillois : transformer la réalité nationale en images capables d’être diffusées sur smartphones, télévisions et festivals africains émergents. Parcours d’un artiste pluridisciplinaire Formé au…
Un souverain à l’identité disputée Au cœur de l’histoire d’Afrique centrale, le nom de Nimi Lukeni, fondateur du royaume kongo au tournant des IXe-Xe siècles, demeure enveloppé de mystère. Souverain charismatique, il intrigue toujours chercheurs, étudiants et habitants de Brazzaville, tant son identité ethnique reste discutée. Selon les traditions orales recueillies de part et d’autre du fleuve Congo, deux lignages principaux se disputent son héritage : les Muyombe du Vungu, rive droite, et les Kuni du Ndingi, vallée du Niari. Entre ces versions, les archives coloniales laissent davantage de questions que de certitudes. La querelle dépasse la simple curiosité généalogique…
Brazzaville, épicentre d’un virage digital africain Sous les néons du Centre international de conférence de Kintélé, la douzième édition du Festival panafricain de musique a ravivé, au-delà des concerts, un débat stratégique : faire de la capitale congolaise le creuset d’une révolution numérique pour les sonorités du continent. Le Symposium international, tenu en marge du festival, a insisté sur l’urgence de doter l’Afrique de plateformes musicales endogènes capables de rivaliser avec les géants mondiaux du streaming. « Nous ne pouvons pas nous contenter d’être de simples pourvoyeurs de contenu exotique, il nous faut désormais contrôler la tuyauterie », a martelé…
Brazzaville vibre à l’heure du FESPAM Le soir du 26 juillet, les jardins du Palais des congrès se sont transformés en une scène grandiose où se reflétaient les reflets cuivrés du fleuve Congo. Deux cent cinquante artistes congolais, rejoints par un collectif malien, ont offert au public un tableau vivant consacré à « l’Année de la jeunesse ». Vêtus de tissus chatoyants, ils ont fait résonner la rumba, le slam et de savantes fusions urbaines, composant un patchwork sonore qui a tenu la capitale en haleine durant deux heures d’un souffle ininterrompu. Présent dans la tribune officielle, le président Denis…
Un toponyme au long cours À la simple évocation du mot « Congo », l’esprit navigue d’un cours d’eau majestueux à un vaste bassin tropical, d’anciens royaumes bantous à des capitales modernes vibrantes. L’étymologie la plus communément admise fait remonter le terme au vocable kikongo kôngo, désignant la « terre des léopards ». Chargé d’une aura faunistique et spirituelle, le toponyme s’est diffusé bien au-delà de ses premiers locuteurs. Fétichisé par les explorateurs portugais du XVe siècle, enseveli sous l’encre des cartographes coloniaux, puis réapproprié par les administrations post-indépendance, il a fini par épouser une multiplicité de réalités, jusqu’à devenir…
Black Panther, voix épicée de la capitale À trente ans à peine, Black Panther s’impose comme l’une des figures montantes d’un slam congolais en pleine ébullition. Son nouveau single de six minutes, « Gastronomie africaine », paru le 25 juillet sur les plateformes, confirme une trajectoire où la rime se marie à la revendication identitaire. Filmé comme un poème visuel, le clip réactualise l’esthétique du quartier Poto-Poto pour mieux célébrer l’esprit d’une ville dont les couleurs et les senteurs se répondent. Le choix d’un premier extrait dédié aux arts de la table étonne à première vue. Il s’inscrit pourtant dans…
Brazzaville, carrefour d’une mémoire vivante Par une après-midi moite de juillet, la Maison russe de Brazzaville s’est transformée en laboratoire d’idées où la question de la mémoire littéraire a jailli au premier plan. Le critique David Gomez Dimixson, invité à conduire les échanges, a posé d’emblée le cadre : « Réfléchir au passé n’est pertinent que si l’on se risque à le projeter vers l’avant ». Dans la salle, garnie de jeunes lecteurs, la volonté d’explorer le patrimoine écrit dépassait la simple célébration académique. Il s’agissait de mesurer, avec précision, ce que le verbe peut encore signifier dans une société…