Diplomatie congolaise au coeur du sommet UA-UE
Au Palais des congrès de Luanda, les 24 et 25 novembre, Jean-Claude Gakosso a porté la voix du président Denis Sassou Nguesso lors du 7e sommet Union africaine-Union européenne. Face à ses homologues, le chef de la diplomatie congolaise a rappelé l’enjeu d’un partenariat refondé.
Dans un amphithéâtre attentif, il a estimé que l’heure n’était plus aux déclarations d’intention mais aux actes mesurables. « L’Afrique ne peut plus s’en remettre à la seule générosité de l’Europe », a-t-il martelé, appelant à un regard lucide sur les blocages persistants.
Sa participation, aux côtés des chefs d’État et hauts responsables onusiens, a confirmé la volonté de Brazzaville de contribuer activement à la stabilisation régionale, qu’il s’agisse des foyers de conflit en Afrique centrale ou de la lutte commune contre le terrorisme au Sahel.
Global Gateway : opportunités concrètes pour la jeunesse
Le sommet s’est soldé par une déclaration commune axée sur l’investissement, notamment via l’initiative européenne Global Gateway. Bruxelles promet d’intensifier les financements destinés aux infrastructures vertes, à la couverture numérique et à la formation professionnelle, trois domaines où le Congo entend capter sa part d’occasions.
Interrogé par la presse, un conseiller du ministère des Postes a salué « une fenêtre pour connecter nos écoles rurales et nos PMI aux réseaux à haut débit ». Selon lui, l’alignement entre priorités nationales et fonds européens pourrait accélérer la diversification de l’économie congolaise.
D’ores et déjà, le gouvernement étudie la mise en place d’équipes mixtes chargées de bâtir des dossiers techniques bancables. L’objectif est de déposer, dès le premier trimestre prochain, des projets sur l’énergie solaire dans les Plateaux et un corridor logistique reliant Brazzaville à Pointe-Noire.
De la coopération à l’émancipation économique africaine
Revenant sur vingt-cinq ans de dialogue UA-UE, Jean-Claude Gakosso a rappelé que le concept de partenariat gagnant-gagnant, popularisé au Caire en 2000, devait maintenant se traduire « en chaînes de valeur implantées sur le continent plutôt qu’en simples annonces de forums » et programmes pilotes ponctuels seulement.
Il a aussi pointé les responsabilités africaines, exhortant les gouvernements à monétiser davantage leurs ressources locales avant de négocier. « Tant que le fer, le cuivre ou le pétrole quitteront nos ports sans valeur ajoutée, nous resterons dépendants », a-t-il observé, prudent mais ferme.
Pour l’économiste Gilbert Dzaba, présent à Luanda, « cet appel correspond à la nouvelle génération de politiques industrielles africaines ». Il estime que la Zone de libre-échange continentale offre le levier réglementaire indispensable, encore faut-il « harmoniser la fiscalité et faciliter les visas d’affaires ».
Des communautés régionales vers une puissance continentale
Paraphrasant le chef de l’État congolais, le ministre a souligné le rôle charnière des communautés économiques régionales, à commencer par la CEEAC. Selon lui, renforcer ces structures facilitera l’interconnexion des marchés et donnera à l’Afrique centrale un poids accru lors des négociations internationales.
Le Congo, déjà engagé dans des projets routiers transfrontaliers, envisage une bourse régionale des matières premières pour améliorer la transparence des prix. Cette proposition, évoquée en coulisses, serait discutée lors du prochain sommet de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale prévu à Yaoundé.
À Brazzaville, plusieurs chambres consulaires se déclarent prêtes à participer. « Une cotation unifiée sur le bois et le manganèse aiderait nos PME exportatrices », affirme Rogatien Ibata, vice-président de la Chambre de commerce. Il plaide pour un système d’information en temps réel accessible sur mobile.
Brazzaville mise sur un partenariat équilibré
Au-delà des discours, la délégation congolaise a profité du sommet pour rencontrer la commissaire européenne aux Partenariats. Le dossier de la route Ketta-Djoum, reliant le nord du Congo au Cameroun, a été remis sur la table comme illustration d’un projet à impact direct pour les populations concernées aujourd’hui.
Selon une source diplomatique, Bruxelles envisagerait un cofinancement avec la Banque africaine de développement, sous réserve d’études environnementales finales. L’axe permettrait d’écouler la production agricole du Nord tout en désenclavant des villages frontaliers, réduisant ainsi les coûts de transport de plus de 30 % pour tous.
Dans les couloirs, plusieurs observateurs ont salué la cohérence du plaidoyer congolais. « Brazzaville ne réclame pas des dons, elle veut des partenariats avec obligation de résultats », résume un diplomate ouest-africain, rappelant que la transparence et la gestion rigoureuse restent la clé de la crédibilité.
À l’issue du sommet, Jean-Claude Gakosso a signé un mémorandum de coopération culturelle, estimant que « la diplomatie des peuples consolide la diplomatie des États ». Le texte prévoit des échanges universitaires et la mise en réseau des centres de recherche sur l’agro-écologie tropicale.
De retour à Brazzaville, le ministre entend présenter devant le Parlement un rapport détaillé sur la feuille de route issue de Luanda. Un geste de transparence qui devrait nourrir le débat national sur la place du Congo dans une Afrique aspirant à devenir puissance d’équilibre mondiale.
