Une soirée littéraire au cœur de Brazzaville
Jeudi 27 novembre 2025, l’Hôtel Hilton, perché dans les tours jumelles de Mpila, a troqué son ambiance feutrée pour celle d’un forum d’idées. Écrivains, ministres, universitaires et curieux s’y sont retrouvés afin d’entendre Hugues Ngouélondélé dévoiler son livre fraîchement paru.
Le volume, titré «Un maire, une ville : Bâtir, servir, transmettre», déroule en 206 pages quinze ans de gestion municipale. Publié chez Michel Lafon à Paris, il bénéficie d’une préface signée Nicéphore Soglo, ancien président béninois et lui aussi ex-maire de Cotonou.
Le parcours de Hugues Ngouélondélé, de l’hôtel de ville au livre
Ministre de la Jeunesse et des Sports, de l’Éducation civique, de la Formation qualifiante et de l’Emploi, Hugues Ngouélondélé connaît bien la scène publique. Avant son entrée au gouvernement, il fut maire de Brazzaville de 2003 à 2017, période que le livre revisite minutieusement.
Au micro, l’ancien édile se remémore une capitale meurtrie par les conflits lorsqu’il prit ses fonctions. «Nous devions rebâtir la confiance pierre après pierre», glisse-t-il. Ses chapitres alternent anecdotes de terrain, décisions budgétaires et portraits de riverains croisés lors des tournées de quartiers.
Bâtir, servir, transmettre: les trois actes d’une gouvernance
Le fil conducteur repose sur trois verbes. Bâtir rappelle les chantiers d’urgence menés pour l’eau, la voirie ou l’éclairage. Servir met l’accent sur une administration tournée vers l’habitant, avec guichets mobiles et conseils de quartier. Transmettre invite à partager méthodes et valeurs.
«Une expérience non partagée se perd», martèle l’auteur, citant les formations dispensées à de jeunes cadres municipaux. Il évoque également les jumelages internationaux qui ont permis d’obtenir du matériel ou des expertises, preuve, selon lui, qu’une mairie peut rayonner au-delà de ses frontières.
Le récit ne masque pas les vents contraires : insuffisances de ressources propres, croissance urbaine rapide, besoins sociaux. Mais chaque difficulté est présentée comme un ressort d’innovation, qu’il s’agisse d’encourager le recyclage communautaire ou de lancer des brigades vertes dans les quartiers périphériques.
Un dialogue avec la critique congolaise
Pour accompagner la sortie, un panel de critiques littéraires, dont Charles Nganfouomo, André Patient Bokiba, Firmin Kitsoro Kinzounza et Grégoire Léfouoba, a livré une lecture croisée. Tous saluent «un texte vivant, au-delà du témoignage personnel, véritable matériau pour les sciences politiques».
Les intervenants ont interrogé l’auteur sur la frontière entre bilan politique et essai académique. Ngouélondélé concède un double objectif : rendre compte de ses mandats tout en ouvrant un débat sur la décentralisation. Selon lui, la littérature peut nourrir l’action publique en la rendant palpable.
La place de l’ouvrage dans l’édition africaine
Avec ce titre, les Éditions Michel Lafon renforcent leur catalogue africain. L’éditeur parisien multiplie les ponts entre continents, pariant sur une diffusion conjointe en France, au Congo et dans les librairies numériques. Une stratégie saluée par les libraires brazzavillois qui espèrent toucher la diaspora.
L’ouvrage rejoint une vague de récits municipaux publiés récemment par d’anciens élus du continent. Le politologue Alain Mayemba y voit «un signe de maturité démocratique, les acteurs locaux posant leurs pratiques sur le papier afin de rendre des comptes et d’échanger les bonnes idées».
Version papier et numérique sortiront simultanément, avec un prix de lancement accessible. L’auteur compte aussi sur les réseaux sociaux pour diffuser des capsules vidéo où il commente chaque chapitre, une idée inspirée de clubs de lecture en ligne très suivis par la diaspora congolaise.
Jeunesse et participation citoyenne, messages clés
Tout au long de la soirée, la salle a surtout vibré lorsque le ministre a évoqué la jeunesse. Il souhaite que «les lycéens découvrent le fonctionnement d’une commune» et prévoit d’offrir des exemplaires aux bibliothèques scolaires afin de stimuler l’engagement citoyen dès le plus jeune âge.
Les étudiants présents ont souligné la pertinence des chapitres consacrés aux emplois verts ou aux incubateurs municipaux. «Cela montre qu’une mairie peut créer des opportunités», affirme Chloé Makaya, étudiante en urbanisme. L’auteur l’encourage à «ne pas attendre un mandat pour changer son quartier».
Prochaines étapes et attentes des lecteurs
La soirée s’est achevée par une vente-dédicace animée, chaque acheteur repartant avec un mot personnalisé. Un vernissage photographique retraçait les grands chantiers de 2003-2017 : corniche, marchés couverts, espaces verts. Les visiteurs ont comparé souvenirs personnels et images, prolongeant la discussion autour d’un buffet local.
Déjà, certains parlent de traductions possibles tandis que des associations souhaitent organiser des lectures publiques dans les quartiers. Hugues Ngouélondélé promet de se rendre disponible. «La meilleure critique vient du terrain», sourit-il, prêt à retourner dans les rues qui nourrissent encore son inspiration.
Gouvernance locale congolaise et perspectives
La sortie du livre intervient alors que le pays consolide la décentralisation engagée depuis les lois de 2003. Plusieurs communes expérimentent aujourd’hui des budgets participatifs ou des partenariats public-privé. L’ouvrage propose un retour d’expérience susceptible d’alimenter les futures formations des cadres territoriaux.
Pour le sociologue Patrice Galiba, présent dans la salle, «une telle approche permet de rappeler que la ville est un espace négocié, où habitants, entreprises et État dialoguent». Selon lui, mettre par écrit les réussites et les ratés renforce la transparence et favorise la confiance publique.
