La poliomyélite reste un défi sanitaire prioritaire
À Brazzaville, la 35e session de la Commission régionale africaine de certification pour l’éradication de la polio a rappelé que le virus n’est pas totalement éliminé sur le continent. Le Congo, certifié indemne de poliovirus sauvage depuis 2015, continue toutefois d’être exposé à des risques d’importation.
Des recommandations claires pour un plan de confinement
Le 5 décembre, la Commission a invité le ministère congolais de la Santé à élaborer un plan de confinement répondant aux normes mondiales. « Cette feuille de route doit préserver les laboratoires et les chaînes logistiques de toute fuite de poliovirus », a expliqué le Dr Casimir Manengu en lisant les conclusions.
Traçabilité des échantillons : zéro perte admise
La disparition récente de cinq spécimens destinés à Kinshasa a illustré la nécessité d’un suivi renforcé. La Commission préconise un système fiable reliant les bureaux de l’OMS au Congo et l’Institut de recherche médicale de la RDC, afin de documenter chaque transfert, de la collecte à l’arrivée.
Surveillance environnementale : un maillage à affiner
Le contrôle des eaux usées figure au cœur des nouvelles priorités. La Commission recommande de superviser régulièrement le personnel des sites sentinelles et de programmer des évaluations périodiques. Ces mesures doivent permettre de détecter rapidement toute circulation silencieuse de poliovirus dans les quartiers urbains densément peuplés.
Expédition des prélèvements : rigueur logistique
Un système d’expédition révisé doit bientôt voir le jour sous la direction du ministère. L’objectif est de réduire les délais entre la prise de prélèvement, l’acheminement vers le laboratoire de référence et la confirmation virologique, condition essentielle pour lancer une riposte vaccinale éclair.
Vaccination de routine : cap sur la couverture intégrale
La Commission rappelle que la couverture vaccinale actuelle reste en dessous du seuil qui bloque toute circulation du virus. Elle recommande donc d’intégrer davantage les activités polio dans les consultations infantiles, les campagnes de proximité et les programmes élargis de vaccination déjà déployés dans les districts.
Le comité national d’experts à l’épreuve de la rapidité
Les cas suspects doivent être classifiés sans délai. La Commission suggère de renforcer la revue hebdomadaire par le comité d’experts polio afin de raccourcir le temps qui sépare la notification, la confirmation et la réponse sanitaire, gage d’une protection collective plus solide.
Frontières : une coordination qui s’intensifie
Pour le Dr Vincent Dossou Sodjinou, représentant de l’OMS, « la coopération transfrontalière avec le Tchad et le Soudan reste la clé d’une riposte humanitaire cohérente ». L’Angola, le Cameroun, la République centrafricaine et la RDC constituent encore des portes d’entrée potentielles du poliovirus vers le Congo.
Un engagement politique réaffirmé
S’exprimant au nom du ministre de la Santé, le Pr Donatien Moukassa a assuré que le gouvernement « maintient une surveillance de haute qualité et répondra avec promptitude à toute menace épidémiologique ». Il a salué la dimension collective des recommandations, qui appellent responsabilité, transparence et action concrète.
Solidarité régionale et partenaires mobilisés
La Commission a loué le leadership des gouvernements africains et l’appui constant des partenaires de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite. Les financements, l’expertise technique et les campagnes synchronisées permettent de mutualiser les moyens et d’assurer une vigilance partagée au-delà des frontières nationales.
Rigueur scientifique et proximité communautaire
Le succès du plan repose également sur la confiance des communautés. Les autorités prévoient d’impliquer les leaders locaux, les associations de parents et les agents communautaires afin de dissiper les réticences et de garantir que chaque enfant reçoive ses trois doses de vaccin oral puis injectable.
La feuille de route se met en place
D’ici au premier trimestre, le ministère de la Santé entend finaliser le document stratégique, former les équipes logistiques et acquérir les équipements de confinement. Les indicateurs de performance, de la surveillance des eaux usées à la couverture vaccinale, seront publiés régulièrement pour mesurer les progrès.
Répondre vite face aux signaux d’alerte
Une détection positive déclenchera immédiatement une campagne de vaccination ciblée. Ce schéma “chercher, trouver, vacciner” doit empêcher toute reprise de circulation. L’approche, déjà éprouvée lors des flambées précédentes, sera adaptée aux réalités urbaines de Brazzaville et de Pointe-Noire comme aux zones rurales.
Un modèle adaptable aux autres épidémies
Les experts voient dans ce plan de confinement un prototype pour d’autres pathogènes nécessitant une vigilance aiguë. Renforcement des laboratoires, traçabilité numérique des échantillons ou formation continue du personnel : autant de briques qui pourront être réutilisées pour la fièvre jaune ou la rougeole.
Au-delà de l’éradication, une santé publique durable
Loin de s’arrêter à un simple objectif d’élimination, le Congo mise sur le renforcement global de son système sanitaire. L’approche intégrée polio ouvre ainsi la voie à une meilleure préparation aux urgences, à une plus grande autonomie vaccinale et à une protection élargie des populations.
Une course de fond jusqu’à la certification finale
« L’éradication est à portée de main, mais rien n’est acquis », rappelle le Dr Manengu. La vigilance devra rester maximale jusqu’à la confirmation mondiale de la disparition du poliovirus. Le Congo entend donc avancer sans relâche sur cette voie, convaincu que chaque dose et chaque test comptent.
