Journée des droits humains à Brazzaville
Sous un ciel légèrement voilé, la salle polyvalente de la délégation de l’Union européenne à Brazzaville a accueilli, le 10 décembre, un large panel d’acteurs pour ouvrir la Quinzaine des droits humains, consacrant la première journée aux droits de l’enfant.
Journalistes, associations, représentants ministériels et partenaires techniques ont débattu, d’une voix souvent unanime, de la nécessité de renforcer la sensibilisation médiatique pour protéger les plus jeunes citoyens congolais, tout en saluant les progrès législatifs et institutionnels déjà réalisés par les autorités nationales.
Médias et protection de l’enfance
« Le droit à l’information de qualité est un droit de l’enfant », a rappelé la journaliste Antoinette Ibara, soulignant que certains sujets comme l’exploitation économique restent sous-traités faute de moyens. Elle a appelé à des programmes spécialisés capables de toucher aussi bien les parents que les décideurs.
Autre constat formulé par les intervenants : l’existence de cadres normatifs, tels que le Code de protection de l’enfant, ne suffit pas à modifier les comportements sans un relais constant dans les journaux, à la radio et sur les plateformes numériques où la jeunesse puise désormais ses repères principaux.
Plusieurs rédactions locales ont décrit des budgets serrés, rendant difficile la production de dossiers approfondis. Le secrétaire général du Syndicat des professionnels de la presse écrite, Didier Moukouéké, a néanmoins assuré que « la motivation reste intacte » et qu’un accompagnement technique suffirait à stimuler des formats d’enquête innovants.
Sur le terrain, les reporters évoquent la complexité d’accéder aux statistiques officielles concernant les enfants en situation de rue. Les orateurs ont suggéré de créer un portail de données ouvert, afin de faciliter la vérification des chiffres et d’alimenter des récits basés sur des preuves.
Approches globales pour les enfants vulnérables
Les discussions se sont ensuite orientées vers les réponses à apporter aux mineurs en détresse. Psychologues, éducateurs et policiers présents ont convergé : seule une approche holistique, combinant accueil de jour, scolarisation, apprentissage professionnel et suivi post-insertion, peut réduire durablement les risques d’errance et de délinquance juvénile.
Le ministère des Affaires sociales, représenté par la directrice de la Protection spéciale, Irène Ondongo, a rappelé que le gouvernement travaille déjà avec plusieurs centres d’accueil communautaires, financés en partie par le budget national et des partenaires, pour offrir un lit, des repas et une orientation personnalisée.
Rôle accru de la société civile
Côté société civile, l’Observatoire congolais des droits de l’enfant a mis en avant la rédaction de rapports parallèles destinés au Comité des droits de l’enfant des Nations unies. Ces documents, nourris de témoignages régionaux, complètent les données gouvernementales et stimulent un échange constructif au niveau international positif.
« Lorsque nos analyses rejoignent les priorités nationales, les réformes avancent plus vite », a reconnu le coordonnateur de l’ONG, Patrice Mouyabi. Il estime que l’élan actuel autour de la nouvelle stratégie décennale pour l’enfance offre une fenêtre d’action sans précédent aux acteurs locaux.
L’appui constant de l’Union européenne
Pour l’Union européenne, représentée par le chargé d’affaires par intérim Torben Nillson, la promotion des droits humains reste un fil rouge. Le diplomate a rappelé l’engagement du Congo dans les mécanismes onusiens et annoncé la poursuite de projets visant l’amélioration des conditions de détention des mineurs en particulier.
Il a également souligné le financement de sessions de formation pour journalistes, prévues en 2024, afin de favoriser un traitement éthique des sujets liés à l’enfance. Selon lui, « soutenir la presse revient à donner une voix directe aux enfants et aux communautés qu’ils représentent ».
Vers un partenariat durable
Le représentant du Programme des Nations unies pour le développement, Stephen Mboulou, a salué la volonté de convergence entre institutions publiques, bailleurs et médias. Il propose la création d’un prix annuel récompensant le meilleur reportage sur les droits de l’enfant afin de stimuler la compétition constructive.
Du côté des rédactions étudiantes, l’Université Marien-Ngouabi compte lancer un atelier pratique où les futurs reporters pourront couvrir, en temps réel, les activités d’un centre d’accueil. L’exercice, soutenu par la commission nationale des droits de l’homme, vise à ancrer l’exigence de rigueur dès la formation initiale des journalistes.
À la sortie du colloque, de nombreux participants se sont inscrits sur une liste de diffusion destinée à partager ressources documentaires et propositions d’angles. « Cette dynamique collective montre que les bonnes volontés existent », a conclu la sociologue Clémence Boukadia, appelant à maintenir l’élan dans la durée.
Les prochaines étapes prévoient la signature d’un protocole d’accord entre le ministère de la Communication et le réseau des radios communautaires. Objectif : allonger les créneaux dédiés aux droits de l’enfant et diffuser, en langues locales, des messages adaptés aux réalités quotidiennes congolaises.
Dans les mois à venir, une plateforme ligne sera mise place pour recenser reportages, lois, fiches pratiques et contacts d’experts. Les organisateurs espèrent qu’elle servira de point d’entrée unique aux étudiants, aux rédactions et aux ONG actives dans la défense de l’enfance.
