Une disparition ressentie dans toute la diaspora
La nouvelle du décès de Peggy Ponio Hossie Mbongo, survenu le 15 décembre en région parisienne, a traversé les océans aussi vite qu’une alerte d’antenne. En quelques heures, la diaspora congolaise a uni ses réseaux pour partager la tristesse.
À 54 ans, celle que beaucoup appelaient simplement « Peggy » avait construit à force de talent une crédibilité discrète mais solide, devenant la voix familière des écrans communautaires et le trait d’union entre Brazzaville, Pointe-Noire et les foyers d’Île-de-France.
Une veillée riche en témoignages à Sevran
Le premier temps du recueillement s’est tenu le 2 janvier dans une salle municipale de Sevran, peu après la tombée du soir. Famille, anciens collègues de faculté et amis de longue date ont rempli l’espace de chants, de souvenirs et de silences.
Chaque prise de parole a été brève, laissant les émotions faire le travail. Mains jointes sur le pupitre, les intervenants ont retracé les reportages de terrain, les heures passées à monter des sujets de dernière minute et les fous rires en plateau.
Nanterre, théâtre des ultimes adieux
Le samedi 3 janvier, le cortège s’est déplacé jusqu’au Funérarium de Nanterre, dans l’ouest parisien. Sous un ciel d’hiver parfaitement sec, les gerbes de fleurs rouges et blanches formaient un halo apaisant autour du cercueil en bois clair.
En position de représentation officielle, le ministre conseiller de l’ambassade du Congo, Armand Rémy Balloud-Tabawé, a salué la défunte. « Que ton âme repose en paix », a-t-il écrit, rappelant l’estime que les institutions conservent pour les artisans de la visibilité nationale.
Autour des bancs, les voix se sont nouées lorsqu’un ancien camarade a entonné l’hymne “Nzila ya nsi”. Ce moment, à la fois simple et solennel, a résumé le parcours d’une professionnelle qui n’a jamais cessé d’associer culture congolaise et rigueur journalistique.
La parole des confrères journalistes
À l’initiative de Yhan Akomo, un plateau spécial a été monté sans caméra clinquante ni régie sophistiquée. Autour de la table, Christian Martial Poos animait les échanges, privilégiant une atmosphère presque familiale, loin des contraintes d’audience et des impératifs d’audimat.
Charlemagne Mayassi, manager culturel, a rappelé que Peggy Hossie savait couvrir un concert comme un débat politique, « sans jamais sortir des rails de l’exactitude ». Pour Dalia Mena, ex-TVPN, l’intéressée « incarnait l’inattendu raisonné, capable d’une question piquante dans une douceur de velours ».
Anthony Moujoungui, figure de Ziana TV, a souligné l’importance de l’entraide au sein des médias diasporiques, notant que « Peggy ouvrait son carnet d’adresses sans la moindre réticence ». Le souvenir des tournages partagés sur la place de la République a suscité un sourire unanime.
Maurel Mabélé et Gildrine Ngatani Kouvoua, tous deux passés par DRTV, ont évoqué la détermination de leur consœur, capable de réenregistrer un module sonore à minuit pour éviter un accent trop appuyé. Ce perfectionnisme l’avait, disent-ils, « propulsée au rang de référence maison ».
Un héritage télévisuel à préserver
Si Peggy Hossie laisse un vide, elle lègue surtout une méthode, selon plusieurs intervenants. Dans chaque reportage, elle rappelait à ses équipes l’importance de titrer simplement, de vérifier trois fois les dates et de toujours finir sur une note d’espoir, même discrète.
Cette rigueur, saluée par les écoles de journalisme partenaires, pourrait inspirer de futurs ateliers pour jeunes reporters issus des communautés congolaises d’Europe. Des discussions en ce sens circulent déjà sur les groupes privés WhatsApp, preuve d’un désir d’action plutôt que de simple commémoration.
Pour beaucoup, l’avenir de son héritage passera aussi par la pérennisation des médias communautaires qui l’ont vue éclore. Kasima TV et Ziana TV envisagent ainsi une émission annuelle portant son nom, destinée à mettre en lumière de jeunes talents audiovisuels.
La famille, qui s’exprime avec retenue, a remercié les autorités diplomatiques pour leur présence discrète mais rassurante. Elle a également confirmé que les cendres seront rapatriées à Brazzaville, où une messe de recueillement est en préparation dans la paroisse historique de Moungali.
Une page se tourne, l’histoire continue
Les proches le répètent: la meilleure façon d’honorer Peggy Hossie sera de continuer à raconter le quotidien des Congolais d’ici et d’ailleurs. Au-delà de la douleur, les rédactions présentes à Nanterre promettent de maintenir l’élan de solidarité amorcé autour de sa mémoire.
Dans les couloirs encore silencieux du Funérarium, un technicien a glissé, presque pour lui-même, à propos de sa consœur disparue : « Elle nous a appris à tendre les micros, pas à les poser ». La phrase, reprise en boucle depuis, sonne désormais comme un mot d’ordre.
En refermant le livre d’une vie dédiée à l’information, ses collègues se disent prêts à en ouvrir d’autres chapitres. Et la diaspora, forte de cette leçon, redouble déjà d’énergie pour inscrire durablement l’œuvre de Peggy Ponio Hossie Mbongo dans la mémoire collective.
